Contre l’emprise des métropoles
La Suisse a besoin d’un «projet de territoire» pour contenir les métropoles qui empiètent sur le reste du pays et nuisent au développement durable.
C’est le credo de l’Office fédéral du développement urbain, qui veut éviter des conflits comme celui de Galmiz, où les écologistes s’opposent à l’implantation d’un géant de la pharmacie.
Les trois quarts de la population suisse vit aujourd’hui dans des agglomérations de plus en plus étendues. Si cette évolution se poursuit, en 2030, les principales forces du pays seront concentrées dans les trois métropoles de Zurich, Bâle et Lausanne-Genève et la périphérie sera coupée du développement.
C’est pour tenter de contrer ce scénario de «magma urbain» que l’Office fédéral du développement territorial (ARE) a élaboré son «Rapport 2005 sur le développement territorial», présenté vendredi comme la «première synthèse» sur le sujet.
Mise en réseau
L’ARE mise plutôt sur une «Suisse urbaine polycentrique». Le territoire serait structuré par des réseaux de localités d’importance variable, séparées par des intervalles de campagnes et de nature. La Suisse conserverait ainsi cinq centres formant un réseau métropolitain et la cinquantaine d’agglomérations existantes.
Les villes hors réseau telles que Delémont, Sion ou Coire pourraient former des réseaux stratégiques comme il en existe déjà entre les villes du Valais ou du Jura, précise Pierre-Alain Rumley, directeur de l’ARE.
Hors agglomération, le développement territorial miserait aussi sur les grandes stations touristiques (plus de 10’000 nuitées par an) et sur les centres ruraux importants.
Compensation financière
«Encore faut-il intensifier la coopération à tous les niveaux», souligne le directeur de l’ARE. «Il faut inventer de nouvelles formes de gouvernance, les cantons et les communes ne peuvent plus travailler dans leur coin», précise-t-il.
Mais personne ne veut coopérer sans mécanismes de compensation comme une répartition des coûts et des impôts par exemple. «La Suisse est l’un des seuls pays à affirmer que le développement durable peut se faire sans mesures incitatives», relève Pierre-Alain Rumley en appelant les autorités à utiliser ces instruments économiques et financiers.
Concrètement, le rapport propose notamment que la Confédération, les cantons et les communes élaborent ensemble un plan national de l’urbanisation. Il suggère aussi que les surfaces à bâtir soient contingentées et les réserves de zones à bâtir réexaminées.
Eliminer le déséquilibre
L’ARE espère ainsi lancer le débat et renverser la tendance actuelle. Selon le rapport, l’urbanisation a déjà produit des territoires déstructurés, aux densités d’autant plus faibles et pauvres en animations sociales et culturelles qu’on s’éloigne de la ville-centre.
De larges parties du Plateau, de la vallée du Rhône valaisanne, du Tessin et du pied sud du Jura ont perdu leur caractère rural sans acquérir une qualité urbaine.
La population et les emplois se concentrent excessivement dans les métropoles. La croissance continue des agglomérations entraîne une mobilité forcée et une ségrégation sociale et fonctionnelle.
L’exemple de Galmiz
A titre d’exemple de ce qu’il faut éviter, les auteurs du rapport citent le cas du projet d’implantation d’un groupe pharmaceutique à Galmiz, dans le canton de Fribourg.
Si le géant américain se décide pour Galmiz, la commune devra ‘dézoner’ une zone agricole pour l’accueillir. Alors que les milieux de défense de l’environnement crient au scandale, l’ARE confirme que les sites proposés ne sont pas optimaux du point de vue de l’aménagement du territoire.
Dans l’idéal, les cantons définiraient ensemble les zones d’implantation régionales pour les grandes entreprises dans le respect des exigences de l’aménagement du territoire, écrit l’ARE.
Mais ceci n’est réalisable que moyennant l’adoption des fameuses mesures d’incitation. Le rapport de l’ARE propose notamment que les recettes fiscales ne profitent plus seulement à la commune ou au canton d’accueil, mais à plusieurs communes et cantons.
swissinfo et les agences
– Le développement territorial durable ne peut pas émerger spontanément, estime l’Office fédéral du développement territorial. Il propose donc quatre groupes de mesures:
– Intensification de la coopération entre les différents partenaires (communes, cantons, Confédération, etc.)
– Renforcement de la coordination entre les différents domaines politiques (cohérence accrue des politiques sectorielles).
– Utilisation d’instruments économiques et financiers pour créer une incitation destinée à favoriser un développement territorial durable.
– Modifications législatives, notamment une révision de la loi sur l’aménagement du territoire.
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