Ils changent, les métiers de la coopération internationale
Tous les deux ans, les organisations suisses actives sur le terrain de la coopération internationale tiennent Forum. Les jeunes qui l'ont visité samedi à Bienne ont pu se rendre compte que l'image traditionnelle du coopérant ne fait plus vitrine.
CINFO. Ce sigle, peu connu du public, désigne pour les initiés le Centre d’information, de conseil et de formation sur les professions de la coopération internationale et de l’aide humanitaire. Il fêtait samedi ses dix ans d’existence et les quelque soixante organisations qui bénéficient de ses services ne peuvent que se féliciter d’avoir un outil aussi précieux.
«La coopération internationale continue de faire partie des professions de rêve», constate Walter Fust, le patron de la Coopération suisse. La demande d’information sur ses activités et sur les compétences requises va même en se multipliant. Centraliser ce genre de service présente de multiples avantages, en particulier celui d’améliorer la qualité du recrutement.
L’an dernier, le site internet de CINFO a reçu la visite de quelque 30 000 personnes intéressées par un engagement dans un programme de développement ou d’aide humanitaire dans un pays du Sud ou de l’Est. Sept à huit mille autres ont pris directement contact avec le bureau d’information et 250 d’entre elles ont demandé conseil à titre individuel ou participé à des sessions de formation avant leur départ.
La plupart du temps, ce sont des jeunes entre 25 et 35 ans. Ils et elles viennent de terminer des études à l’université ou dans une haute école, disent avoir une certaine sensibilité aux questions sociales et désirent consacrer une tranche de leur vie à aider les plus démunis. Jusque-là, rien de très nouveau, sauf que la réponse qui leur est donnée insiste peut-être davantage que jadis sur le fait que «aider n’est pas suffisant, encore faut-il savoir aider».
Par contre, ce qui a bien changé au fil des décennies de coopération depuis les années soixante, c’est le profil des coopérants. Il est bel et bien fini le temps où les organismes d’entraide embauchaient agriculteurs, mécaniciens, enseignants ou infirmiers pour qu’ils mettent immédiatement leur savoir-faire au service des populations. Désormais on cherche des gestionnaires financiers, des administrateurs d’entreprises, des conseillers en ressources humaines, des organisateurs de projets de promotion de la santé, etc.
Le développement économique suppose aussi la prévention des conflits, l’Etat de droit, le respect des droits humains. Cette prise de conscience plus récente fait que de très nombreuses organisations se mobilisent dans des tâches de promotion de la paix. Entendez par là le renforcement des institutions démocratiques et des capacités politiques locales aussi bien que la formation de policiers, soldats et autres agents de la sécurité publique.
Juriste, psychologue ou médiateur, voilà des métiers qui ne s’improvisent pas. Le professionnalisme du coopérant est désormais de règle. Peu importe son statut de salarié ou de volontaire, c’est sa compétence qui sert de critère décisif à son engagement.
Mais suffit-il de renforcer les compétences des acteurs du développement pour le sauver de l’échec tant dénoncé? N’oublions pas, disait une invitée algérienne samedi à Bienne, qu’on peut aussi envisager la coopération comme «un partenariat mutuellement profitable où primerait les relations affectives, l’émotion des rencontres et la compréhension mutuelle qui peuvent apparaître marginales face à l’action, mais qui en sont le moteur».
Bernard Weissbrodt
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