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L’aspirine qui «étouffe» les tumeurs cancéreuses

Semaine faste pour l'Institut suisse de recherches expérimentales sur le cancer (ISREC) à Epalinges. Après le virus qui tue les tumeurs, annoncé jeudi dernier, l'Institut dévoile une autre découverte. Elle concerne la lutte contre le cancer par les anti-inflammatoires de type non stéroïdien. Comme l'aspirine.

«Nous n’avons pas découvert l’Amérique, nous n’avons fait qu’ajouter un tronçon à un chemin déjà bien balisé», avoue modestement Curzio Rüegg, professeur assistant à l’ISREC et coauteur, avec ses collègues Olivier Dormond, Alessandro Foletti et Cécile Paroz, de l’article qui vient de paraître dans la revue «Nature Medicine».

C’est aux Etats-Unis en effet que l’on a découvert – il y a plus de vingt ans – une propriété tout à fait inattendue de l’aspirine. Les patientes et les patients qui en prennent régulièrement, par exemple pour un problème cardiaque, ont en gros 50% de chances en moins d’attraper un cancer du colon ou du sein.

Privée de nourriture

«On a mis très longtemps à comprendre ce mécanisme, poursuit Curzio Rüegg. Aujourd’hui, on sait que les anti-inflammatoires non stéroïdiens – c’est-à-dire sans cortisone – agissent sur le tissu qui entoure une tumeur, notamment en ralentissant la croissance des vaisseaux sanguins à l’intérieur de ce tissu».

Or, ces vaisseaux sanguins sont indispensables à la croissance de la tumeur. Ils lui apportent la nourriture et évacuent ses déchets. Sans eux, la tumeur dépérit. En tous les cas chez les souris de laboratoire.

Si l’effet est désormais bien connu, les mécanismes qui le provoquent sont encore largement mystérieux. Et c’est précisément la découverte d’un type de molécule directement sensible à l’aspirine qui vaut à l’équipe de l’ISREC cette publication dans la prestigieuse revue britannique.

Les scientifiques suisses y expliquent comment le médicament bloque la formation de nouveaux vaisseaux sanguins dans ces tissus en croissance, en s’attaquant directement aux cellules les plus jeunes.

Promesses d’avenir

On pourrait donc imaginer de combiner un traitement à l’aspirine avec le reste de la panoplie anti-cancer dont on dispose déjà. «Ce n’est pas notre publication qui va lancer cela, précise encore Curzio Rüegg. Les essais sont déjà en cours».

Il manque encore aux scientifiques une compréhension plus poussée des mécanismes mis en œuvre. Et avant de proposer systématiquement un traitement anti-inflammatoire aux patients, il faudra encore collecter davantage de données sur son effet. Car si celui-ci est bien visible sur les souris, on manque encore de données fiables quant à son action sur l’homme.

Marc-André Miserez

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