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La Suisse entre compromis et compromissions

La Commission Bergier avec, au centre, le professeur Jean-François Bergier. Keystone

L'économie helvétique a étroitement collaboré avec l'Allemagne nazie. Huit études présentées jeudi à Berne par la commission Bergier montrent comment les industriels, producteurs d'électricité ou chemins de fer suisses ont contribué à l'effort de guerre des puissances de l'Axe.

Selon ces nouvelles recherches, beaucoup d’industriels suisses ont développé sous le nazisme leurs relations traditionnellement bonnes avec l’Allemagne. Ils ont ainsi contribué au redressement de l’économie allemande et soutenu le régime nazi.

Les dirigeants des entreprises suisses ne se sont guère souciés du recours au travail forcé dans leurs filiales allemandes. Qui se sont, elles aussi, pliées à la politique raciste des nazis, en remplaçant leurs dirigeants juifs par des «aryens». Toutefois, le rapport sur l’industrie chimique montre des différences entre firmes.

La holding financière bâloise Interhandel, ancienne filiale du géant chimique allemand IG Farben absorbée par l’UBS en 1967, est un cas particulier. Nombre d’indices montre une étroite collaboration d’Interhandel avec l’entreprise nazie. Les preuves du maintien de la holding sous le contrôle d’IG Farben après leur séparation officielle de 1940 font toutefois défaut.

Electricité et transit ferroviaire

Les livraisons d’électricité représentent l’une des principales contributions de l’économie suisse au Troisième Reich. Même si la Suisse a refusé d’augmenter ses fournitures, malgré les demandes croissantes de l’Allemagne au cours de la guerre.

Le transit ferroviaire à travers la Suisse est un autre service rendu aux puissances de l’Axe. L’Allemagne a livré de grandes quantités de charbon à l’Italie, et le transit de matériel de guerre ne peut être exclu. Plus de 180 000 travailleurs italiens ont été conduits en Allemagne en passant par la Suisse.

Par ailleurs, selon une autre étude, le système de compensation (clearing) appliqué pour le règlement des échanges commerciaux suisses avec l’Allemagne et l’Italie a permis à ces pays de financer des achats, militaires notamment, sans puiser dans leurs réserves de devises.

En effet, la Suisse leur a accordé, pendant la guerre, des crédits de clearing, totalisant 1,3 milliard de francs. En contrepartie, les entreprises suisses pouvaient exporter ce risque.

Plaque tournante pour les biens culturels

La Suisse a également servi de plaque tournante pour les biens culturels provenant d’Allemagne et des territoires occupés. Cependant, elle a accueilli plus d’objets d’art que leurs propriétaires légitimes voulaient sauver que d’œuvres spoliées par les nazis.

Enfin, une huitième étude réalisée à l’Université de Zurich montre que la presse suisse de l’époque n’a guère critiqué les liens économiques avec l’Allemagne. Et la question des réfugiés, traitée de manière marginale par les huit journaux analysés, n’était pas considérée comme un problème politique.

Dans son introduction, le président de la commission, Jean-François Bergier, relève que la plupart des acteurs de l’époque n’ont pas agi par conviction idéologique. Les entrepreneurs avaient surtout en vue le sort de leurs affaires dans la perspective incertaine de l’après-guerre. Rares sont ceux qui ont amassé un véritable «profit de guerre».

Garantie de l’indépendance

Ces compromis et compromissions n’ont pas détourné la Suisse de sa détermination à l’indépendance, à la démocratie et au fédéralisme, ajoute le professeur Bergier. Au contraire, les dirigeants publics et privés ont vu dans une politique pragmatique et dans ces équilibres précaires une garantie de ces valeurs.

Pour mémoire, la Commission indépendante d’experts Suisse-Seconde guerre mondiale (CIE) est à l’œuvre depuis 1997. Elle a déjà présenté deux rapports intermédiaires. L’un sur l’or et l’autre sur la politique envers les réfugiés.

D’autres publications d’études et contributions sont attendues pour novembre. Quant au rapport final de la CIE , il sera soumis au Conseil fédéral à la fin de l’année. Et il devrait être publié dans le courant du 1er trimestre de 2002.

swissinfo avec les agences

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