La Suisse reste fidèle à ses principes dans l’éducation
Les pays qui à Genève participent à la Conférence internationale de l'éducation y déposent un rapport national. On leur demandait cette fois-ci le bilan d'une décennie. Pour la Suisse, les années 90 auront surtout servi à mettre en pratique des idées qui existaient déjà.
«Passage à l’acte systématique»: voilà comment on pourrait résumer l’évolution des plans d’études au cours des dernières années du 20e siècle en Suisse. Mais les idées qui ont alors trouvé leur concrétisation n’étaient pas forcément nouvelles.
Pour Christine Kübler, qui a rédigé le Rapport national de la Suisse sur mandat de la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique, l’innovation qui illustre le mieux ces changements est sans aucun doute «l’idée secondaire II».
Plus on fait, plus on sait
En clair: de nouvelles voies de formation ont été crées, en particulier la maturité (baccalauréat dit-on sous d’autres cieux) professionnelle et son suivi dans les hautes écoles spécialisées. C’est une voie qui mène vers «l’université des métiers» d’où chacun peut retirer «un socle de compétences qui permet d’apprendre et de progresser tout au long de la vie».
«Toute la tradition pédagogique de la Suisse a trouvé une concrétisation dans ces projets, ça correspond tout à fait à notre éthique de formation», souligne Christine Kuebler. Le principe helvétique fondamental qui consiste à «apprendre en faisant» y a trouvé son compte: «plus on fait, plus on sait, et plus on sait, plus on a envie de faire…»
Et le savoir-être dans tout cela, les attitudes, les comportements? «C’est quelque chose qui ne se quantifie pas», répond-elle, «ça se développe quand on vit certaines expériences, par exemple dans le travail d’équipe: les jeunes font alors des découvertes sur eux-mêmes et sur la vie des groupes, ils apprennent à mieux dire ‘je’, mais aussi à mieux aller vers le ‘tu’…»
Et qui dicte les programmes? «Actuellement, constate Christine Kübler, et sans qu’on s’en rende compte, l’école forme de plus en plus de gens à des compétences dont on a besoin». Elle ne pense pas seulement aux besoins de l’économie, mais à ceux, au sens large, du monde du travail et de l’emploi, y compris le monde associatif et bénévole.
Ce qui fait dire parfois aux adultes que «les jeunes ne savent plus rien». Objection de Christine Kübler: «en fait personne ne s’intéresse à ce que les enfants connaissent vraiment, mais quand on le fait, on est extrêmement étonné et ravi de découvrir ce qu’ils savent.»
Dresser une liste des traditions
Francesca Gemnetti, présidente de la Commission nationale suisse pour l’UNESCO, a elle aussi sa petite idée sur les particularités du système éducatif helvétique. Elle juge en tout cas très positive «une certaine autonomie des cantons, car l’éducation doit amener aussi une réflexion sur sa propre culture et parce qu’une Suisse multilingue ouvre des possibilités de compréhension de l’autre».
A propos de l’UNESCO justement – c’est l’organisation qui ‘chapeaute’ la Conférence internationale de l’éducation – on la voit souvent se préoccuper de défense du patrimoine. Sous-entendu: patrimoine bâti, les monuments historiques, et patrimoine naturel, les paysages menacés.
Aujourd’hui, elle songe à dresser aussi une liste des traditions, langues, musiques, artisanats et autres expressions culturelles transmises par l’éducation. Ce que nous confirme Francesca Gemnetti, avec cette précision: «ces traditions, il faut non seulement les sauvegarder sans les momifier, mais aussi les comprendre, et comprendre pourquoi on en est arrivé là».
Bernard Weissbrodt, Genève
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