La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

«Une grande leçon de vie»

Barbara et Manuel. Impressionnés par la combativité des syndicats latino-américains. swissinfo.ch

Syndicalistes et membres de la délégation suisse à Porto Alegre, les Fribourgeois Manuel et Barbara Lopez auront beaucoup appris au Brésil.

Notamment en matière de lutte politique, de solidarité et d’humilité.

«Cette expérience m’aura certainement rendue plus humble, avoue Barbara Lopez. Au niveau humanité et solidarité, nous avons beaucoup à apprendre des gens du Sud. Et en rentrant, j’achèterai bien plus de produits venant du commerce équitable, comme Max Havelaar.»

Pour leur première participation au Forum social mondial, Barbara et Manuel ont trouvé très utile les visites organisées pour la délégation suisse à des mouvements de lutte brésiliens. Histoire d’éviter de faire simplement du «tourisme social».

Le premier jour, Manuel a retrouvé chez les femmes paysannes des ambiances de son enfance en Espagne, où les familles sont encore très proches de leur terre.

«Au Brésil, 76% de ce qui se retrouve dans les assiettes provient de l’agriculture familiale, relève le syndicaliste fribourgeois. Et ces produits achetés le plus souvent au marché sont moins chers que dans les grandes surfaces.»

Et c’est justement ce type d’agriculture que menace la globalisation.

Une vie sur les trottoirs

Le lendemain, Barbara et Manuel ont tâté d’une réalité nettement plus dure, en assistant au congrès continental des «catadores» d’Amérique du Sud, ces chiffonniers qui passent les poubelles au peigne fin pour en récupérer tout ce qui est recyclable.

Le papier, l’alu, le PET et les autres matières passent ensuite par des intermédiaires qui les revendent trois fois plus cher aux usines de traitement. Ces humbles travailleurs des trottoirs se battent pour que leur travail soit reconnu d’utilité publique et qu’ils puissent traiter directement avec les filières de recyclage.

«Nous avons parlé à une femme dont la mère vivait déjà cette vie et qui n’a guère d’autre perspective que d’élever sa petite fille comme elle a grandi elle-même», raconte Barbara, un tremblement dans la voix.

Banal à dire, mais on ne le répétera jamais assez: se frotter à ce genre de réalités fait mieux comprendre à ceux du Nord qu’ils sont nés du bon côté de la planète…

Communisme pas mort

Pour Manuel, le choc aura été de voir la combativité des syndicats latino-américains. Pour une action contre Nestlé en Colombie, le continent entier est prêt à se mobiliser.

«Impensable chez nous», relève celui qui préside le comité suisse des employés de la multinationale et siège également au comité européen.

«Ici, le syndicat, c’est une manière de vivre, pas juste un moyen de défendre les acquis», note Manuel. Mais il admet aussi que ces méthodes de lutte sont inapplicables en Suisse. Elles y tueraient le dialogue et le fameux partenariat social.

Continent agité par des luttes sociales et politiques constantes, l’Amérique Latine ne semble pas avoir fait le deuil de l’utopie communiste. Le marteau, la faucille, les portraits de Marx, de Lénine et du Che sont partout.

«C’est normal, estime Manuel. Les conditions d’oppression sont terribles ici et ces idées sont des idées très mobilisatrices, que chacun peut comprendre. Et puis, l’Amérique du Sud aime la révolution.»

Un monde meilleur

Dans son domaine, Barbara a également eu quelques surprises. Par exemple en racontant à des intervenants de santé des Philippines, d’Inde, de Malaisie et des Etats-Unis qui travaillent à sortir les gens de la rue qu’en Suisse, le système de santé met de plus en plus de gens à la rue.

«Chez nous aussi, les ONG doivent s’occuper des laissés-pour-compte de la santé publique. C’est une réalité dont on parle peu, mais avec ma pratique professionnelle, j’y suis confrontée tous les jours», explique l’infirmière en psychiatrie.

Alors, le Forum social, juste une occasion de se rencontrer et d’échanger des expériences? Les deux Fribourgeois sont convaincus du contraire.

«Je suis frappé de voir toutes les actions concrètes qui se décident ici, note Manuel. Il ne faut pas non plus oublier que le Forum n’est que la pointe de l’iceberg. Les ONG ne travaillent pas que durant ces cinq jours. Il faut voir ce qu’elles font le reste de l’année.»

Et Barbara de renchérir: «les gens qui sont ici sont engagés concrètement sur le terrain. Et ils travaillent au quotidien à ce qu’un autre monde soit réellement possible».

swissinfo, Marc-André Miserez à Porto Alegre

Manuel Lopez est technologue en denrées alimentaires, syndicaliste UNIA, président du comité suisse des travailleurs de Nestlé et membre du comité européen.
Barbara Lopez est infirmière en psychiatrie et militante du Syndicat des Services Publics.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision