Une sainte alliance contre la malaria
En collaboration avec le fabricant de médicaments génériques indien Ranbaxy Laboratories, le géant pharmaceutique Roche a développé un nouveau remède contre la malaria.
Reste à lancer ce médicament sur le marché. Rapidement et à un prix raisonnable.
Cette collaboration peu conventionnelle a été rendue possible grâce à l’entremise de la fondation suisse Opération médicaments contre le paludisme (MMV).
Depuis 1999, MMV tente d’établir des partenariats entre secteurs privés et publics. Son effort vise à produire tous les cinq ans une nouvelle génération de médicaments contre la malaria à des prix accessibles aux pays pauvres.
De la Suisse à l’Inde, en passant par le Nebraska
Le médicament issu de la collaboration entre Roche et Ranbaxy est une copie synthétique de l’artémésinine. Cette substance est contenue dans l’artemisia annua, une plante utilisée depuis des siècles en Chine pour traiter différentes formes de fièvres.
Mais il n’est pas sûr que les paysans pourront récolter cette plante en quantité suffisante pour produire un médicament à large échelle. D’où l’utilité de développer une copie synthétique.
«Par ailleurs, fait remarquer Chris Hentschel, directeur de MMV, plus on produit de molécules synthétiques, moins elles sont chères.»
En 1999, lorsque Roche a abandonné son propre programme de recherche dans le domaine des maladies tropicales, MMV lui a demandé de soutenir un projet d’artémésinine synthétique de l’Université du Nebraska.
L’équipe incluait également des chercheurs de l’Institut tropical suisse de Bâle.
Roche a accepté de s’impliquer dans la recherche, mais pas dans la phase de développement du médicament. MMV a donc finalement retenu Ranbaxy pour procéder aux tests cliniques.
«La découverte originale a été faite par l’Université du Nebraska et par d’autres partenaires académiques, relève Chris Hentschel. Les universitaires ont cédé leur propriété intellectuelle sur la découverte à MMV qui, à son tour, en a cédé une partie au fabricant indien.»
La malaria ne fait pas recette
Le travail de MMV est des plus utiles. En effet, depuis près de 40 ans, les principales entreprises pharmaceutiques ont négligé la recherche dans le domaine de la malaria.
Comme bien d’autres maladies tropicales, la malaria frappe surtout dans les pays pauvres qui n’ont pas assez d’argent pour payer les médicaments. Du coup, les investissements consentis pour la recherche ne rapportent pas suffisamment aux producteurs.
Un pas a pourtant été franchi en 2001. En mai de cette année-là, Novartis a accepté de vendre le Coartem (un médicament à base d’artémésinine) à prix coûtant dans les pays en voie de développement.
Le traitement d’un adulte avec du Coartem coûte donc désormais 2,4 dollars dans les pays pauvres contre 45 dollars en Suisse.
Mais cela reste encore trop cher pour de nombreux pays en voie de développement où les dépenses de la santé publique se montent à moins de 5 dollars par an et par personne.
swissinfo, Vincent Landon
(traduction: Olivier Pauchard)
– Plus de 300 millions de personnes sont frappées par la malaria chaque année. Plus d’un million d’entre elles en meurent.
– 90% des cas se déclarent en Afrique noire. La maladie touche surtout des enfants et des femmes enceintes.
– La malaria tue chaque jour 3000 enfants de moins de cinq ans, selon l’Organisation mondiale de la santé.
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