Zurich promue capitale européenne de la biologie spatiale
Vendredi, un équipage américano-russe s´envole vers la Station spatiale internationale, pour un état des lieux avant l´arrivée des premiers locataires. La Suisse est associée à cette vaste aventure, via le Groupe de biologie spatiale de l'EPFZ.
La rigueur scientifique n’exclut pas la part du rêve. Directeur du Groupe de biologie spatiale à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), Augusto Cogoli fut autrefois candidat malheureux à un poste d’astronaute de l’Agence spatiale européenne (ESA).
Aujourd’hui, c’est sans amertume aucune qu’il évoque cette aventure. Car à défaut de conduire ses expériences lui-même dans l’espace, Augusto Cogoli aura la satisfaction d’en être le coordinateur au sol, au niveau de tout le continent.
Au mois de juin, il a signé un contrat avec l’ESA, qui fait de son groupe le centre européen pour l’utilisation de la Station spatiale internationale (ISS) dans le domaine de la biotechnologie.
Concrètement, cela signifie que les spécialistes de l’EPFZ seront chargés de récolter les idées et de mettre sur pied les expériences pour l’ensemble des industries et des laboratoires européens qui auront quelque chose à proposer dans les domaines de la biologie spatiale.
A Zurich, où l’on travaille sur ces questions depuis plus de vingt ans, on attend beaucoup des cultures de tissus qui pourront être réalisées à bord de l’ISS. Sur terre en effet, les éprouvettes doivent être secouées constamment pour éviter la sédimentation sous l’effet de la pesanteur, ce qui occasionne un stress terrible pour les cellules.
L’apesanteur par contre élimine ce risque de sédimentation. Augusto Cogoli et son équipe sont donc persuadés que les cultures de tissus y seront beaucoup plus faciles, avec pour espoir ultime de produire des organes humains directement utiles pour les transplantations – et sans recourir à la technique si contestée du clonage.
Mais nous n’en sommes pas encore là. Si le Groupe de biologie spatiale de l’EPFZ continue à mettre au point ses futures expériences, le laboratoire européen Columbus, qui permettra de les tester en orbite, n’existe encore que sur les planches à dessin des ingénieurs.
Selon la dernière version du planning établi par la NASA, son lancement ne devrait intervenir qu’en octobre 2004. Pour l’heure, l’ISS se compose de trois modules seulement et a déjà pris un certain retard sur le calendrier initial, dû essentiellement au manque de crédits dont souffre l’industrie spatiale russe.
Prévu pour décoller en novembre 99, le module Zvezda n’est finalement parti que huit mois plus tard, grâce au soutien d’un sponsor inattendu. C’est en effet ornée du logo géant des restaurants Pizza Hut que la fusée Proton s’est élevée le 12 juillet dans le ciel du Kazakhstan, pour amener le module à bon port.
Vendredi, la navette Atlantis emmènera vers l’ISS un équipage de cinq Américains et deux Russes, qui effectueront le dernier état des lieux avant l’arrivée – à fin novembre – de la première équipe permanente chargée de faire tourner la Station.
La route, on le voit, est encore longue et Augusto Cogoli, entre deux expériences aura encore pas mal de temps pour tourner les yeux vers la voûte céleste, où l’ISS deviendra au fil des mois de plus en plus visible, comme un gros point de lumière au milieu du ballet des planètes et des étoiles.
Marc-André Miserez
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.