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Au Népal, une nouvelle vie pour les enfants des rues

La «maison des nouveaux espoirs» accueille les enfants des rues népalais depuis plus de 15 ans. swissinfo.ch

Fondée en 1993, «Nawa Asha Griha», la maison des nouveaux espoirs en népalais, est un centre d'accueil et une école pour les enfants des rues de Katmandou. Venue à l'âge de 23 ans, sa fondatrice, la Suissesse Nicole Thakuri-Wick, ne l'a plus quitté depuis.

Dans ce quartier populaire, aux portes de Katmandou, seuls parviennent quelques véhicules secoués par les trous dans l’asphalte. Après une rue poussiéreuse et quelques épiceries anonymes, un immeuble aux couleurs vives. Rouge pétant, bleu ciel, jaune… Impossible de ne pas remarquer l’endroit. Un cerf-volant vert et violet à la main, un petit garçon ouvre la grille sans poser de questions. Bienvenue au refuge des enfants des rues de Katmandou.

Un terrain de basket, des vêtements qui sèchent au soleil, des fillettes qui jouent au loup… Il est 17 heures, l’heure du quartier libre pour les enfants. La cour a des airs de colonie de vacances. «Ici, on héberge 200 enfants, allant de 2 ans à plus de 20 ans», raconte fièrement Nicole Thakuri-Wick, la fondatrice des lieux.

A l’intérieur, dans la salle à manger, les plus âgés jouent aux cartes. D’autres surfent sur Internet. «Le plus dur, c’est de se mettre d’accord sur la chaîne de télévision qu’on va regarder!»

Des expériences traumatisantes

Malgré la légèreté du propos, les enfants du centre ont tous vécu des expériences traumatisantes dans les rues de la capitale népalaise. Anil et Ratne ont une dizaine d’années. Ils sont arrivés il y a quelques mois mais refusent encore de parler de leur vie passée.

«Il n’y a rien à raconter…», murmure Anil avant de s’enfuir jouer. «Il ne faut pas les forcer», explique Nicole, «j’ai encore peur qu’ils ne s’adaptent pas à leur nouveau quotidien et décident de s’enfuir. Ils ont besoin d’années pour accepter qu’il n’y a rien de honteux dans ce qu’ils ont fait ou subi.»

Ranjita, elle, vit ici depuis presque 13 ans. «Je travaillais auprès d’une femme, je m’occupais de son ménage. Le matin, je devais me lever à 4 heures. Elle ne me payait pas, et parfois elle ne me donnait pas à manger. Du coup, je mendiais». Elle avait 7 ans. Aujourd’hui, elle étudie.

Sortir de la rue

La frêle jeune fille est même capable de répondre aux questions en anglais (une petite musique à la mode se fait entendre – c’est sa sonnerie de portable, qu’elle coupe rapidement): «J’aimerais bien m’occuper d’enfants ou de personnes âgées, un peu comme une assistante sociale. Je sais que je vais devoir bientôt quitter le centre même si j’aimerais bien rester. Mais on ne peut pas: il faut laisser sa chance à quelqu’un d’autre. Dès que je pourrai me débrouiller seule, je partirai.»

Le but de l’association est de scolariser les enfants des rues et de les aider à obtenir un travail, un métier lorsqu’ils arrivent à l’âge adulte. Mais avant, il faut d’abord les convaincre de sortir de la rue. C’est dans ce but que NAG organise toutes les semaines des distributions de nourriture, notamment à Thamel, le quartier touristique.

«Au début, on donne juste à manger aux gamins, et peu à peu, quand un lien s’est tissé, on leur demande s’ils n’ont pas envie de venir avec nous», explique Surjay, l’un des premiers six réfugiés devenu aujourd’hui le numéro deux de l’ONG. «Vous savez, tout n’est pas négatif dans la rue. On y est libre, on a de l’argent – gagné en mendiant… Certains gamins n’ont pas envie de venir au centre parce que là, il y a des règles. C’est dur de comprendre qu’il vaut mieux étudier que gagner du fric.»

Drogue et mendicité

Dans la rue s’est formée une longue queue de gamins échevelés, attendant leur part de riz et lentilles, le repas traditionnel népalais. «Quand je les regarde, je me revois à leur place», raconte Raju, lui aussi un ancien enfant des rues qui a trouvé refuge à NAG.

«Ma mère est morte quand j’avais 10 ans. Chez moi, plus personne ne pouvait s’occuper de moi, alors je suis parti, j’ai passé 5 ans dans la rue», poursuit le jeune homme, les yeux baissés. «Pour survivre, on cherchait de la nourriture dans les poubelles, on récoltait les vieux plastiques pour les revendre. Souvent, on se droguait. Mais le plus dur, c’est la faim.»

Nicole Thakuri-Wick est arrivée au Népal comme volontaire, déjà pour travailler avec des enfants des rues. «J’avais un faible pour les plus âgés, les plus sauvages. Ceux de 13-14 ans qui vivaient dans la rue mais ne plaisaient pas aux parrains potentiels.» Rapidement, elle se rend compte que la plupart des ONG de Katmandou proposent des programmes pour les enfants mais négligent les adolescents. La zurichoise décide donc de se consacrer aux cas les plus difficiles.

Un pensionnat reconnu

En 1993, elle ouvre son propre foyer où elle accueille 6 jeunes. Quatre ans plus tard, son mari népalais décide de fonder une école pour les scolariser: «En classe, nos mômes étaient plus âgés et ça créait tout le temps des problèmes. Ils piquaient les crayons des autres enfants… Alors, on a préféré ouvrir nos propres cours.»

Aujourd’hui, son école emploie 22 professeurs. Elle accueille tous les matins – en plus des 200 pensionnaires – 150 enfants issus des bidonvilles des environs. «On est reconnus comme un pensionnat de langue anglaise (ndlr: une reconnaissance prestigieuse au Népal). Et notre équipe de basket féminine est championne de la vallée de Katmandou.»

Les plus doués poursuivent leurs études en dehors du centre: école d’ingénieur et d’infirmière. Un des jeunes termine son cursus de médecine, une autre veut devenir décoratrice d’intérieur. «Regardez Raj Kumar». Nicole pointe du doigt un jeune homme qui s’éloigne en moto. «C’était un de mes premiers gamins. Il est aujourd’hui un de nos professeurs. Il s’est payé sa moto avec ses premiers salaires!».

Miyuki Droz Aramaki, Katmandou, swissinfo.ch

Pauvreté. Le Népal est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un revenu moyen par habitant de 340 dollars par an, soit moins d’un dollar par jour. La guerre civile de 10 ans entre le gouvernement et la guérilla maoïste a mis à mal l’économie du pays, qui dépend fortement de l’aide internationale. Selon les Nations Unies, 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Enfants. D’après une étude du BIT (Bureau International du Travail), il y aurait quelque 5000 enfants des rues au Népal, dont 96% de garçons. Tous descendent de familles démunies et la majorité d’entre eux vient de zones rurales. Selon les organisations d’aide aux enfants, 63% d’entre eux auraient été sexuellement abusés.

Travail. Au Népal, les écoles publiques sont gratuites, mais pour les familles pauvres, payer le matériel et nourrir les enfants alors qu’ils ne rapportent pas d’argent, est une charge trop importante. Souvent, les petits sont donc envoyés en ville pour travailler comme employés domestiques ou dans des ateliers.

Rue. C’est alors qu’ils s’enfuient et se retrouvent dans la rue. Là, ils se débrouillent en fouillant les poubelles, en collectant le plastique pour le revendre, ou en mendiant, volant et se prostituant. Souvent, ils vivent par bandes, et mettent en commun leurs gains à la fin de la journée. Moins de la moitié de ces jeunes vagabonds va ou ira à l’école.

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