Une touche de high-tech pour doper le covoiturage
Fils naturel de l'auto-stop et de l'iPhone, Klaxonne, nouveau service de covoiturage démarre en Suisse romande. Ses atouts: simplicité, spontanéité, rapidité. Son premier terrain de chasse: les festivals. Et ce sera plus si entente.
Le constat ne date pas d’hier, même si les chiffres augmentent tous les jours: plus d’un demi-milliard de voitures roulent sur la Terre, dont près de quatre millions rien qu’en Suisse.
Chaque année, les conducteurs du monde entier parcourent ensemble cinq mille milliards de kilomètres… en n’ayant même pas à leurs côtés un passager complet. Le taux d’occupation moyen des véhicules est en effet inférieur à deux personnes par trajet.
Pour lutter contre ce gaspillage, l’idée du covoiturage ne date, elle non plus, pas d’hier. En Suisse, les communes et les entreprises sont de plus en plus nombreuses à encourager cette pratique, en offrant par exemple des emplacements ou des tarifs de parking préférentiels. Sans oublier les sites Internet qui permettent déjà de mettre en contact l’offre et la demande.
Mais malgré ces efforts, le système a de la peine à s’imposer. Au point que son usage global ne dépasserait pas aujourd’hui 1% du trafic automobile.
MA voiture à MOI !
«Je n’ai pas de voiture, mais si j’en avais une, je pense que je serais assez réticent à me dire que je vais tous les jours prendre mon voisin et l’emmener au travail», admet lui-même Pierre Crevoisier, un des initiateurs de Klaxonne.
C’est que la voiture, symbole de liberté, d’individualisme, de statut social, voire de puissance pour certains, c’est un peu l’espace privé par excellence. Pas évident à partager, surtout avec des inconnus.
La clientèle que vise le nouveau service, ce n’est donc pas en premier les collègues de travail qui vont faire les trajets ensemble. «Nous partons de l’idée que ceux-là sont motivés, et ils le font déjà», explique Pierre Crevoisier.
Klaxonne fonctionne plus sur la spontanéité, sur la disponibilité ou sur l’envie du moment. Le service veut s’adresser à celles et ceux qui ont besoin d’un transport – ou qui sont prêts à l’offrir – ici et maintenant.
D’où l’idée de cibler les festivals, puis plus tard les campus universitaires et les grands concerts d’un soir. Choix logiques pour cette version moderne du bon vieil auto-stop, très à la mode dans les années post-hippie, mais un peu tombé en désuétude par les temps d’insécurité (réelle ou supposée) qui courent.
L’effet iPhone
Et comme nous sommes au 21e siècle, le nouveau service intègre son lot de high-tech. «L’idée trottait dans ma tête depuis un certain temps, mais c’est quand j’ai eu un iPhone entre les mains que je me suis dit ‘cette fois, on y est, la technologie est là’», raconte Pierre Crevoisier.
Pour l’instant, Klaxonne ne marche que par simple SMS. Mais d’ici deux mois, un nouveau logiciel rendra le service bien plus attrayant et complet pour les détenteurs d’un iPhone d’Apple.
Le fonctionnement est on ne peut plus simple: le conducteur qui se sent d’humeur à prendre des passagers envoie un message à la centrale avec le trajet et l’horaire prévus, la personne qui veut se faire transporter en aura fait autant et le système les met en relation, non sans avoir demandé à l’un comme à l’autre s’il acceptaient le «deal».
La confiance règne
«Si on se contente de transmettre un numéro de téléphone par SMS, celui qui le reçoit ne sait pas qui est derrière, explique Pierre Crevoisier. Alors qu’avec notre système, on pourra voir sa photo, aller consulter son profil sur le site et savoir ce que les autres usager en disent… »
«Nous allons vraiment encourager les gens à montrer patte blanche, à compéter leur profil sur le site, afin qu’ils s’engagent, qu’ils se responsabilisent explique Pierre Crevoisier. Et s’il devait y avoir un problème, tout le monde saura que la personne est connue de Klaxonne, qu’on peut la retrouver».
De plus, le service demandera à ses utilisateurs d’évaluer les prestations des uns et des autres, comme le font déjà les sites de vente de particulier à particulier par exemple.
Ainsi, chacun saura si Mademoiselle Y est une conductrice prudente et courtoise ou Monsieur X un passager bruyant ou renfermé, et pourra se décider en connaissance de cause.
Faire remonter la moyenne
«L’avantage que nous offrons par rapport aux autres systèmes de covoiturage, c’est qu’il n’y a pas besoin d’anticiper, de s’organiser, d’aller sur un site web pour consulter des listes», ajoute Pierre Crevoisier, convaincu que le système a de l’avenir.
Association à but non lucratif et à finalité environnementale, Klaxonne se veut simplement complémentaire à ce qui existe déjà. Afin de contribuer à faire remonter un peu cette fameuse moyenne du nombre d’occupants par voiture.
swissinfo, Marc-André Miserez
Premier Festival de la saison en Suisse romande, le Cully Jazz a servi de plateforme de lancement à Klaxonne.
«80% des gens à qui on a présenté l’idée l’on trouvée ‘sympa, géniale, intelligente’, la moitié ont dit ‘je vais le faire’ et 10% l’ont vraiment fait», raconte Pierre Crevoisier à la veille de la clôture de la manifestation.
En chiffres, cela se traduit par quelque 500 messages reçus et une quarantaine de transports effectués.
Pour le Caprices de Crans-Montana, nettement moins bien desservi par les transports publics, les initiateurs de Klaxonne s’attendent à une courbe ascendante.
Entreprise pionnière du «carsharing» en Europe, Mobility promène depuis 11 ans ses voitures rouges dans toute la Suisse.
Il s’agit d’un système de location qui permet à tout adhérant de trouver une voiture rapidement et en principe près de chez lui. Les utilisateurs futés combinent ce système avec un abonnement général chemins de fer-transports urbains et ne prennent une voiture que quand ils ne peuvent pas faire autrement. C’est uniquement à cette condition que les voitures rouges restent financièrement intéressantes.
Aujourd’hui, la coopérative compte 85’000 clients et propose plus de 2200 véhicules sur 1100 emplacements dans tout le pays. Mobility emploie près de 160 personnes et son chiffre d’affaires dépasse désormais les 50 millions de francs, pour plus d’un million de bénéfice, généralement réinvesti.
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