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Une mission lunaire enfouie sous le col du Grimsel

Deux des six astronautes analogues qui occupent durant huit jours la station lunaire, créée sous le col du Grimsel. KEYSTONE/VALENTIN FLAURAUD sda-ats
Ce contenu a été publié le 12 juillet 2021 - 19:51
(Keystone-ATS)

Sous le col du Grimsel, l'association Space@yourservice de l'EPFL a créé la copie conforme d'une station lunaire. Six apprentis astronautes y passeront les huit prochains jours isolés du reste du monde. Objectifs: mener des tests scientifiques mais aussi sociaux.

"Bienvenue sur la Lune", lance Chloé Carrière présidente de Space @yourservice en début d'après-midi au moment d'accueillir les visiteurs dans les tunnels souterrains du col qui relie les cantons du Valais et de Berne. C'est là, dans le cadre de son projet Asclepios que l'association a décidé de créer les décors de sa station lunaire. "C'est plutôt assez ressemblant à ce qui existe dans l'espace", souligne celle qui a aussi co-fondé le projet.

La seule chose qui n'a pas pu être reproduite, "c'est la gravité, qui est un sixième de celle de la Terre", ajoute-t-elle. Et le voyage vers la Lune. Mais, une fois isolés, les six astronautes, dits "analogues", se retrouveront dans des conditions similaires avec des ressources limitées à celles que l'on retrouve dans l'espace. De quoi mener des tests scientifiques et sociaux, notamment sur l'impact d'un tel isolement sur le moral des astronautes.

Les autres agences spatiales recourent également à ce genre de missions pour vérifier que les procédures mises en place sont "réellement réalisables", ajoute Chloé Carrière. "On fait les erreurs sur Terre, pour pouvoir réussir dans l'espace", résume-t-elle.

Deux cents candidats

"3, 2, 1: la mission a été lancée". Il est 17h45, les six étudiants viennent de quitter la base à Guttannen, située à une quinzaine de minutes du col, côté bernois, sous les applaudissements de leurs collègues qui restent au sol. Ceux-ci auront pour tâche de surveiller la bonne conduite de la mission. "Ils seront là pour nous soutenir, se relayant 24h/24", relève Julien Corsin, l'un des six à partir s'isoler. Lui parle d'un "beau projet" un "petit peu fou" qui lui permettra de sortir de "sa zone de confort".

L'étudiant en système de communication et technologie spatiale concède que ces huit jours peuvent paraître très courts, mais il pense "que ça nous semblera long au fur et à mesure que l'on s'adaptera au rythme". Car chaque minute de la mission est définie à l'avance. "On sait exactement ce qu'on doit faire et quand", détaille-t-il.

Agés de 21 à 32 ans, les astronautes viennent de Suisse, de France, de Grande-Bretagne et du Chili. Ils ont été sélectionnés parmi environ 200 candidats du monde entier, grâce notamment au concours de Claude Nicollier. En guise de préparation, un entrainement à Crans-Montana a notamment visé "à leur faire tutoyer l'inconfort en les mettant dans des situations difficiles qui pourraient se reproduire dans l'espace", se rappelle Chloé Carrière. Au total il aura fallu deux ans pour les préparer et construire la station.

Montrer l'utilité du spatial

A 18h00 tapantes, les astronautes ont pris leurs quartiers. Etalée sur trois étages, la station comprend une chambre, une petite cuisine remplie des vivres parcimonieusement calculées pour répondre aux besoins nutritionnels des six habitants, une zone de repos, une salle de sport dans laquelle ils devront s'entrainer environ 1 heure et demie par jour, des toilettes sèches et la zone de travail, la seule à être chauffée à une température de 18 degrés. Le reste de la "grotte" est à 13 degrés. Comme dans l'espace, il n'y a pas de douche, mais "une zone d'hygiène".

Tout a été pensé et fait de A à Z par des étudiants, relève encore fièrement Chloé Carrière. Coût de la mission 300'000 francs en comptant le matériel prêté. La moitié est financée par l'EPFL, le reste par des partenaires.

Avec ce projet, Asclepios veut aussi montrer que "la Suisse est une nation spatiale" qui mène de nombreuses recherches ayant pour but le retour sur la Lune ou encore la recherche d'exoplanètes qui pourraient être habitables. "On aimerait aussi montrer l'utilité du spatial, à quel point les technologies qui sont développées pour l'espace peuvent être utilisées sur Terre", conclut Chloé Carrière.

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