Athletissima, un meeting vital pour l’athlétisme suisse
Etape incontournable de la planète athlétique, le meeting de Lausanne est essentiel à la promotion sportive et financière de ce sport en Suisse. Fondateur de la réunion, Jacky Delapierre mise sur la jeune génération pour faire bonne figure lors des Championnats d’Europe de 2014 à Zurich.
Un budget en constante augmentation – 4,7 millions de francs – , 17 millions de téléspectateurs dans plus de 150 pays, des billets qui s’arrachent comme des petits pains: le meeting d’athlétisme de Lausanne surfe depuis de nombreuses années sur la vague du succès.
L’appartenance au gotha de l’athlétisme mondial a été consolidée l’année dernière avec l’intégration dans la prestigieuse Ligue de diamant, qui englobe les 14 plus grands meetings de la planète.
Depuis 36 ans, un homme symbolise le rendez-vous annuel sportif majeur de la capitale vaudoise et olympique: Jacky Delapierre, fondateur de la manifestation, ami d’Usaïn Bolt et des plus grandes stars.
Vice-président de la Fédération suisse d’athlétisme, Jacky Delapierre s’investit également, de concert avec le Weltklasse de Zurich, pour la promotion des talents suisses. Objectif: redorer quelque peu le blason de l’athlétisme suisse et mettre sur pied une équipe compétitive en vue des Championnats d’Europe de 2014 à Zurich.
swissinfo.ch: Un petit mot sur le meeting, tout d’abord. Superstar de l’athlétisme mondial, Usaïn Bolt ne viendra pas à Lausanne cette année. Une grosse déception?
Jacky Delapierre: Il est possible de faire un meeting sans Usaïn Bolt, comme il y a eu des meetings sans Carl Lewis et Michael Johnson par le passé. S’il ne vient pas, c’est uniquement pour des raisons de calendrier et de politique sportive. Il doit en effet être présent aux Championnats jamaïcains, même s’il ne court pas. Mais je peux d’ores et déjà confirmer sa participation pour 2012. Usaïn Bolt a réservé le couloir 5 du 200m, car il sait qu’il peut battre le record du monde de la discipline à Lausanne.
swissinfo.ch: Qu’en est-il des autres engagés?
J.D.: Il ne faut pas s’en cacher, l’athlétisme manque actuellement de figures emblématiques. Pourtant, le plateau présenté cette année est exceptionnel. Il n’y a jamais eu une telle densité d’athlètes de ce niveau à Lausanne, notamment sur les courses de demi-fond (800m et 1500m). Les autres disciplines ne sont pas en reste. Sur 100m, le duel entre Asafa Powell, qui a couru en 9’’72 à Lausanne il y a deux ans, et le Français Christophe Lemaitre, qui espère taquiner le record d’Europe, s’annonce haletant.
swissinfo.ch: Quels seront les athlètes suisses présents à Lausanne?
J.D.: Lisa Urech, tout d’abord, qui se frottera aux meilleures sur 100m haies. Une autre Suissesse, Beatrice Lundmark, s’alignera à la hauteur. Quant à Irène Pusterla, qui vient de battre le record de Suisse du saut en longueur, nous avons insisté pour qu’elle soit présente, mais son entraîneur a d’autres priorités pour elle. Je regrette ce choix.
swissinfo.ch: Deux Suisses sur 300 athlètes engagés dans le meeting principal, ça paraît bien peu. Un miroir de l’athlétisme suisse?
J.D.: Il n’est pas possible de changer les choses du jour au lendemain. Mais on sent un regain d’intérêt pour l’athlétisme chez les jeunes. En collaboration avec le Weltklasse de Zurich et une grande banque suisse, nous avons mis sur pied des compétitions de jeunes (kid’s cup) qui doivent permettre la détection des meilleurs talents parmi une large base. 60’000 jeunes ont déjà participé à l’opération. L’objectif est clair: disposer d’une équipe de Suisse compétitive lors des championnats d’Europe qui auront lieu en 2014 à Zurich.
swissinfo.ch: Quel rôle jouent Athletissima et le Weltklasse, les deux grands meetings de Suisse, dans l’organisation et la préparation de ces Championnats d’Europe?
J.D.: Ces Européens seront organisés sous la forme d’une société anonyme, dont les actionnaires sont le Weltklasse et Athletissima. Nous avons donc décidé de nous engager activement pour la promotion de l’athlétisme chez les plus jeunes. Nous avons également mis en place des centres régionaux pour les athlètes de pointe que l’on voudrait voir en finale à Zurich en 2014. Lisa Urech, Clélia Reuse (100m haies) ou encore Pascal Mancini (100m) ont intégré ce projet. La Suisse dispose également d’un 4×100 m hommes très compétitif, qui vise la finale des Jeux de Londres.
swissinfo.ch: Sans l’appui de ces meetings, les athlètes suisses n’auraient donc aucune chance d’être prêts pour 2014.
J.D.: C’est une évidence. Athletissima et le Weltklasse ont fait le pari d’investir de l’argent pour obtenir des résultats en 2014. Si on y arrive, cela permettra de pérenniser encore mieux nos deux meetings. C’est un cercle vertueux.
Car il faut des figures charismatiques pour provoquer des vocations. Nous avons connu cette situation dans les années ’80 avec Pierre Délèze, Markus Ryffel ou Werner Günthör. Tout le monde souhaiterait revivre cela en 2014 et ce n’est pas utopique. Il faut cependant y mettre les moyens, s’attacher les services d’entraîneurs spécialisés et libérer du temps pour les athlètes.
swissinfo.ch: Qui seront les stars suisses des Européens de 2014?
J.D.: Lisa Urech est actuellement la plus en vue, mais les sprinters Pascal Mancini, Reto Schenkel ou Cédric Nabé ont de bonnes chances de briller. Ce n’est qu’en faisant des résultats qu’ils arriveront à se faire connaître. Grâce à nos relations, ils peuvent entrer plus facilement dans les grands meetings et progresser en affrontant la concurrence.
swissinfo.ch: Ne faudrait-il pas davantage se spécialiser dans les concours (sauts, lancers), où la concurrence est moins rude que dans le sprint et le demi-fond ?
J.D.: Les Allemands se sont spécialisés dans les lancers, et ils ont obtenu des médailles lors des Mondiaux de Berlin en 2009. En Suisse, nous n’avons ni les talents ni les entraîneurs adéquats dans ces disciplines. Ce n’est donc pas la direction que nous avons suivie. Nous nous sommes au contraire concentrés sur les talents et le savoir-faire déjà en place afin d’amener ces athlètes au sommet.
swissinfo.ch: Et que peut-on attendre des Suisses aux prochains Jeux olympiques?
J.D.: Londres arrive un peu vite. Seuls deux ou trois athlètes arriveront à tirer leur épingle du jeu, je pense notamment à Lundmark ou Urech. Mais ce sera un bon tremplin pour 2014.
Lausanne. La 36e édition d’Athletissima aura lieu le jeudi 30 juin au stade de la Pontaise à Lausanne. Fondé en 1976 par Jacky Delapierre, le meeting fait partie du circuit de la Diamond League, qui réunit les 14 plus grands meetings de la planète. Le Weltklasse de Zurich, agendé au 8 septembre, a également intégré la division supérieure de l’athlétisme mondial l’an dernier.
Stars. Parmi les épreuves phares de la soirée, le 100m proposera un duel entre Asafa Powell et Christophe Lemaître. Sur 800m, David Rudisha, le Kényan qui a battu le record du monde à deux reprises en 2010, prend le départ avec de grandes ambitions. Les autres noms les plus en vue seront Dayron Robles (100m haires), Renaud Lavillenie (perche), Sanya Richards (400m) et Blanka Vlasic (hauteur).
Curiosité. La Sud-Africaine Caster Semenya, championne du monde du 800m et dont l’identité sexuelle suscite la controverse, sera présente à Lausanne. Deux Suissesses figurent également dans le programme principal: Lisa Urech (100m haies) et Beatrice Lundmark (hauteur).
17: le nombre d’épreuves estampillées Ligue de diamant au programme d’Athletissima.
32: les champions d’Europe, du monde ou olympiques présents à Lausanne.
480’000: en dollars, le «prize-money» de la soirée, soit 30’000 dollars par discipline. Une enveloppe globale de 30’000 francs suisses est également affectée aux athlètes suisses invités principalement à disputer les courses «B».
80’000: le nombre de kilomètres parcourus en une année par Jacky Delapierre, le patron du meeting, pour convaincre les athlètes de participer à Athletissima.
4’700’000: en francs suisses, le budget global de la manifestation. A elles seules, les primes d’engagement atteignent 1’200’000 francs.
17’000’000: le nombre de téléspectateurs présents devant leur petit écran l’an dernier pour suivre l’événement.
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