La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

L’affaire Gygi ternit l’image de la lutte contre le blanchiment

L’opinion publique ne retiendra que les ennuis d’Ulrich Gygi, ancien chef de l’administration fédérale des finances, et actuel directeur de La Poste. Keystone

En annonçant l'arrivée d'un nouveau chef et d'une augmentation des effectifs de l'Autorité de contrôle en matière de blanchiment, le conseiller fédéral Kaspar Villiger espère améliorer son image de marque. Mais les ennuis d'Ulrich Gygi, ancien chef de l'administration fédérale des finances, affaiblissent son Département.

Sévèrement mis en cause pour son attitude passive lors de la démission en juin de Niklaus Huber de son poste de chef de l’Autorité de contrôle en matière de blanchiment, le grand argentier Kaspar Villiger se devait de redresser la barre. Il en va de sa réputation, comme de celle de la Suisse, en ce qui concerne le combat contre la grande criminalité et l’argent sale.

Une bonne nouvelle

Avec des effectifs réduits à dix personnes et demie, l’Autorité de contrôle peine à faire son travail correctement. L’arrivée à sa tête de l’avocate Dina Balleyguier, 37 ans, venue du service juridique de la Commission fédérale des banques, est une bonne nouvelle. D’autant plus que les effectifs grimperont progressivement de 10 à 25 collaborateurs.

Malheureusement, l’opinion publique ne retiendra que les ennuis d’Ulrich Gygi, ancien chef de l’administration fédérale des finances, et actuel directeur de La Poste.

Le Ministère public de la Confédération devra statuer sur l’ouverture d’une enquête pénale à son encontre. Tout cela pour avoir fait, selon lui, «corriger quelques fautes et maladresses linguistiques» dans un projet de décision concernant un organisme d’autorégulation (OAR).

Sur ordre de son supérieur

L’affaire semble incroyablement banale. La loi sur le blanchiment oblige tous les intermédiaires financiers à s’affilier à un OAR. Or un avocat zurichois, Werner Stauffacher, cherche à faire reconnaître l’association des spécialistes de la finance (FIFA) comme organisme d’autorégulation. Mais en vain.

Il accuse alors Niklaus Huber (à l’époque, chef de l’Autorité de contrôle) de manque d’objectivité. Il demande sa récusation. Et l’obtient.

L’enquête administrative démontrerait qu’il y a eu «violation du devoir de récusation» de la part de Niklaus Huber. Ce dernier n’aurait pas seulement lu le projet de décision (négative) concernant l’association de Werner Stauffacher, mais aussi «retravaillé et modifié» le texte. De plus, Niklaus Huber n’aurait pas agi de sa propre initiative, mais sur ordre de son supérieur, Ulrich Gygi, alors patron de l’administration fédérale des finances.

La version d’Ulrich Gigy

Les modifications se seraient limitées à des corrections de «quelques fautes et maladresses linguistiques», ainsi qu’à l’intégration de notes de l’adjointe de Niklaus Huber «rédigées en français».

C’est, en tout cas, la version d’Ulrich Gigy devenu, entre-temps, directeur de la Poste. Dans ce cas, il ne s’agit que d’une broutille, «un vice de forme» inutilement monté en épingle.

Mais, de son côté, l’enquête administrative, conduite par l’ancien juge fédéral Karl Spühler, évoque des attitudes plus graves. Elle nous apprend que la prise de position d’Ulrich Gygi aurait été modifiée après coup, un document ayant été remplacé par un autre, et une pièce aurait été soustraite «peu de temps avant la clôture du dossier».

Procédure pénale

Bref, l’enquête administrative sur des irrégularités commises à l’Autorité de contrôle en matière de blanchiment d’argent laisse apparaître des indices de falsification.

En conséquence, le conseiller fédéral Villiger a demandé vendredi au Ministère public de la Confédération de statuer sur l’ouverture d’une procédure pénale à l’encontre d’Ulrich Gygi et de deux employés du Département des finances.

Dans tous les cas, l’opinion publique risque de douter encore davantage de l’efficacité de la loi sur le blanchiment d’argent et de son application.

Ian Hamel

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision