La neutralité, obstacle à l’ONU?
Sur cette question au coeur du débat du 3 mars, le point de vue de Georges Plomb, correspondant parlementaire du quotidien fribourgeois «La Liberté».
Au début, l’ONU méprisait la neutralité. Puis, les temps ont changé. Aujourd’hui un État neutre doit être dans l’ONU pour être utile. Reste le «surpoids» des États-Unis. Mais rester hors de l’ONU n’arrangerait rien à cela.
Mépris
Pour les partisans de l’adhésion, la neutralité n’est plus un obstacle. C’est un changement. Au début, les fondateurs de l’ONU – qui sont les vainqueurs de la Deuxième guerre mondiale – méprisent la neutralité. Ils sortent d’un conflit atroce. Pour eux, être neutre face aux horreurs de l’Allemagne hitlérienne ou du Japon militariste ne saurait être qu’immoral.
Un seul camp «qui compte»
Puis, le temps passe. Plusieurs États neutres – Autriche, Suède, Finlande, Irlande – entrent à l’ONU sans dommage. Les voisins de la Suisse, longtemps rivaux, s’associent. Le monde bipolaire issu de la guerre froide – l’Est contre l’Ouest – s’effondre dans le sillage du Mur de Berlin. Il n’y a plus, dans le monde comme à l’ONU, qu’un seul camp «qui compte».
Dans son coin
L’ONU elle-même se transforme. Plus unie, elle est davantage capable d’agir «quand le feu brûle». Lorsqu’on a besoin de bons offices, c’est vers l’ONU – ou vers ses États-membres – qu’on se tourne. Du coup, la neutralité d’une Suisse absente de l’ONU se dévalorise. On la laisse dans son coin. Les États neutres membres de l’ONU, eux, sont volontiers sollicités.
Du côté de l’agresseur
Mieux ! En cas d’agression, on attend de l’ONU qu’elle intervienne en faveur des agressés. La neutralité n’est plus synonyme de passivité. Sinon, ce serait se mettre du côté de l’agresseur. Certes, cela n’obligera pas la Suisse à prendre les armes. La Charte de l’ONU ne l’exige pas.
Mais les pays neutres sont tenus – comme les autres – d’appliquer les sanctions non militaires décidées par l’ONU, de ne rien entreprendre pour qu’elles soient contournées. Incidemment, la Suisse, depuis le début des années 1990, applique systématiquement les sanctions non militaires de l’ONU.
Faible risque d’erreur
Bien sûr, ni le Conseil de sécurité ni l’Assemblée générale de l’ONU ne sont infaillibles. Mais, depuis que l’ONU est devenue un vrai forum universel, le risque d’erreur s’est fortement réduit.
Le «surpoids» américain
Reste le péril du «surpoids» des États-Unis. En face d’eux, les autres font léger. Ni la Russie, ni la Chine, ni l’Union européenne n’ont la taille critique. Mais les États-Unis ne sont jamais totalement seuls.
Il reste toujours suffisamment de pays pour freiner leurs excès. Et ce n’est pas en restant hors de l’ONU que la Suisse neutre parviendra à modérer le «surpoids» américain. Seule hors de l’ONU, la Suisse ne compte plus.
Une neutralité en mouvement
Ce qui est certain, c’est que la neutralité helvétique – qui avait déjà beaucoup bougé depuis la défaite de Marignan (en 1515) et le Congrès de Vienne (en 1815) – n’a probablement pas fini de changer de visage.
Georges Plomb, La Liberté
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