Renvoi des réfugiés rwandais: l’ODR se veut rassurant
La section suisse d'Amnesty International met en garde la Suisse contre un retour prématuré des réfugiés rwandais chez eux. L'Office fédéral des réfugiés (ODR) lui rétorque qu'aucun renvoi ne sera effectué sans une étude préalable de chaque dossier.
La section suisse d’Amnesty International met en garde la Suisse contre un retour prématuré des réfugiés rwandais chez eux. L’Office fédéral des réfugiés (ODR) lui rétorque qu’aucun renvoi ne sera effectué sans une étude préalable de chaque dossier.
En février dernier, l’ODR a décidé de lever l’admission provisoire automatique dont bénéficiaient tous les réfugiés rwandais depuis l’effroyable génocide de 1994. S’appuyant, entre autres, sur des évaluations faites sur place par le CICR ou le HCR, l’Office fédéral des réfugiés a estimé que le calme était revenu au Rwanda. Et que les demandeurs d’asile déboutés pouvaient donc rentrer chez eux en toute sécurité.
Selon Dominique Boillat, porte-parole de l’ODR, «160 personnes pourraient être concernées par cette décision. Mais toutes ne seront probablement pas contraintes de quitter la Suisse».
En effet, ajoute Dominique Boillat, les dossiers des réfugiés rwandais seront étudiés cas par cas. Et chaque requérant d’asile débouté aura la possibilité de faire appel contre une éventuelle décision de renvoi auprès de la commission de recours en matière d’asile».
En d’autres termes, le changement de pratique de l’ODR implique simplement la levée de l’admission automatique au profit d’une procédure de demande d’asile régulière.
De quoi satisfaire la section suisse d’Amnesty International qui exige, dans un rapport publié mercredi et dans une lettre adressée à la conseillère fédérale Ruth Metzler, qu’aucun réfugié ne soit renvoyé sans que sa demande d’asile ne soit étudiée de manière détaillée.
«Il faut avant tout considérer notre intervention comme un appel à la prudence, précise Catherine Morand de la section suisse d’Amnesty International. Si la porte est désormais ouverte aux renvois, nos observations démontrent que la situation est loin d’être normalisée dans le pays».
Dans un rapport publié mercredi, Amnesty International dénonce en effet les conditions carcérales qui prévalent au Rwanda. L’organisation des droits de l’homme fait état de torture et de mauvais traitements des détenus. Elle remet en cause le fonctionnement du système judiciaire rwandais. En rappelant que quelque 125 000 personnes, des «génocidaires présumés» pour la plupart, seraient actuellement toujours incarcérées au Rwanda, en attente d’un procès.
Par ailleurs, Catherine Morand insiste sur le fait que les Rwandais qui rentrent d’exil sont souvent soupçonnés d’avoir participé au génocide et qu’ils sont donc susceptibles d’être arrêtés sur simple dénonciation.
Une affirmation réfutée par l’ODR. «Depuis le génocide, plus de 2 millions et demi de Rwandais sont retournés au pays, rétorque Dominique Boillat, et, jusqu’à présent, aucun cas d’exaction sur ces personnes n’a été rapporté».
Cela dit, l’interpellation d’Amnesty International ne laisse pas l’ODR totalement indifférent. Et il veillera, nous assure en substance Dominique Boillat, à ce qu’aucun renvoi ne soit laissé au hasard.
Vanda Janka
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