Yann Arthus-Bertrand en Valais pour «parler d’amour»
Yann Arthus-Bertrand était en Valais jeudi soir. Il le sera encore cet automne: du 5 au 10 octobre, le célèbre photographe français installera son studio - et sa célèbre bâche - à Crans-Montana pour photographier les Valaisans et Valaisannes en "parlant d'amour".
(Keystone-ATS) «Celui qu’on ne présente plus» avait rendez-vous à Lens pour une conférence dédiée à sa carrière et son «profond engagement envers la biodiversité et l’humanité.» Cette passion, qu’il a mise au service des Français en les photographiant dans le cadre de son projet «France, un album de famille», il la mettra aussi en faveur des Suisses.
«C’est le premier travail que je fais en dehors de la France, raconte le photographe à Keystone-ATS. On m’a demandé de le faire en Belgique, on m’a demandé de le faire en Italie, en Espagne, mais j’ai vraiment voulu commencer par ici», poursuit-il, expliquant qu’il est très proche de Bérengère Primat, à l’origine de la Fondation Opale.
C’est de là que germe le projet «Valais, un album de famille» il y a quelques années, porté aussi par la Biennale de Crans-Montana. Pour l’occasion, Yann Arthus-Bertrand implantera son studio dans la Caserne des pompiers, à proximité du lac de la Moubra.
Le drame en toile de fond
Quel écho avec l’incendie de Crans-Montana? «Je n’ai pas envie de trop insister sur ce lien», reconnaît-il, tout en concédant que le choix du lieu «parle de lui-même.»
«On a tous été marqués, qu’on le veuille ou non», s’émeut Catherine Bellan, co-présidente de la Biennale. «C’est aussi pour ça qu’il faut vivre. Il ne faut pas oublier, mais il faut vivre au présent et au futur.»
«Il y a beaucoup de sensibilité, beaucoup d’émotions qui vont se passer, reconnaît l’artiste. (…) C’est compliqué après une aventure pareille, mais j’ai vraiment envie de parler d’amour, de bonheur», poursuit-il, en évoquant le «besoin de se rassembler, de s’aimer et de vivre.»
«C’est aussi un côté formidable dans mon travail de voir les gens qui viennent voir leurs photos, qui sont heureux de les voir.» Les images réalisées feront l’objet d’un livre, mais aussi d’une exposition qui habillera les rues de la commune du Haut-Plateau en hiver, probablement dès janvier.
«Tout le monde» est convié
Cet automne, la population valaisanne est invitée à venir défiler pendant cinq jours devant l’objectif du fameux reporter. «Tout le monde, tous les Valaisans» sont conviés, insiste Catherine Bellan. «Il n’y a pas de limite, on trouvera toujours une solution.»
«Les gens se présentent volontairement et spontanément, on ne pousse personne», poursuit-elle. «Ce qui est amusant, c’est qu’ils viennent avec quelque chose qui représente ce qu’ils font», continue-t-elle. Alors que certains ont demandé à venir en famille, une personne a par exemple demandé à se faire tirer le portrait avec toute sa rue: toute idée est la bienvenue.
«On va aussi interviewer tous les gens qu’on va photographier, qui vont nous parler de leur vie», explique Yann Arthus-Bertrand. Une personne se chargera aussi d’écrire. «Ce n’est pas uniquement une photo, c’est presque un travail scientifique.»
Une carrière de près de 50 ans
Avec «France, un album de famille», le Français avait créé une fresque vivante et authentique de son pays à travers les gens qu’il a photographiés. «Je n’en ai photographié que quarante mille, alors qu’on est soixante millions, dit-il avec un brin de malice. Mais j’ai pas encore fini.»
Ce projet est venu après «La Terre vue du ciel», devenue aussi un livre et véritable best-seller après sa parution en 1999. «Je dois reconnaître que moi qui ai photographié pendant trente ans les plus beaux paysages du monde, et je dois reconnaître que, en fin de compte, les paysages, m’emmerdent aujourd’hui. J’ai l’impression que photographier un visage, ça me touche beaucoup plus.»
«Un photographe de village»
«En fin de compte, je fais ce que font les photographes de villages qui photographient le service militaire, les naissances. J’aime bien ce travail qui est ancré dans un endroit où on fait tout.»
«J’aimerais faire tous les gens de Crans-Montana, tous les métiers intéressants, toutes les personnalités de Crans-Montana, dit le photographe, aujourd’hui âgé de 80 ans. C’est gratuit, ouvert à tous et on donne une photo à tout le monde.»
Il est encore pleinement possible de participer au projet «Valais, un album de famille». Une inscription suffit pour s’offrir au regard de Yann Arthus-Bertrand.