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A Sion, l’ex-directeur de la compagnie Interface face à la justice

Keystone-SDA

L'ancien directeur de la compagnie Interface a lundi comparu à Sion pour contrainte sexuelle et tentative de viol. Qualifié de "gourou" ou "obsédé sexuel", il aurait créé un environnement fermé où primait son bon vouloir, notamment dans la sphère sexuelle.

(Keystone-ATS) Très attendu, le procès s’est ouvert au terme de plus de cinq ans de procédure. Comme il l’avait fait jusqu’alors, le prévenu, entendu en ouverture d’audience, a réfuté toutes les accusations.

«Elles n’ont aucun sens. C’est une affabulation», a-t-il déclaré. Interrogé sur la notion de consentement, il a affirmé: «Avant comme maintenant, pour moi, s’il n’y a pas de consentement, aucun rapport n’a de sens.»

Dans son acte d’accusation et durant sa plaidoirie, lors de laquelle il a requis 24 mois de prison ferme, le procureur Olivier Elsig a dressé le portrait d’un homme qui «contrôlait tout» et imposait des rites spirituels et sexuels de groupe censés nourrir la création artistique. «L’emprise psychologique sur des personnes épuisées moralement et psychologiquement est au coeur du dossier», a-t-il souligné

«Maître dans son château»

Le prévenu, aujourd’hui âgé de 62 ans, doit répondre de faits remontant au début des années 2010, survenus lorsqu’il était directeur de la compagnie de danse sédunoise, qu’il avait cofondée en 1990. Il aurait, dans le cadre de l’institution – subventionnée par la Ville de Sion -, instauré, au fil des ans, «une communauté de type sectaire».

Sous sa direction «discrétionnaire», les membres de l’équipe, souvent logés au sein de la compagnie, vivaient, pour beaucoup, dans une forte dépendance, tant financière que professionnelle. L’ancien directeur les poussait aussi à s’ostraciser de leurs proches et de leurs familles.

Plusieurs témoins se sont saisis des mots «gourou», «pacha» ou encore «maître dans son château» pour le décrire. C’est dans ce contexte que le Sédunois aurait cherché à obtenir des faveurs sexuelles, principalement auprès de femmes, et qu’il aurait fait de la sexualité un élément central de son contrôle.

Une seule partie plaignante

Selon l’enquête, plusieurs personnes semblent avoir été victimes du prévenu. Mais seule une ancienne collaboratrice, âgée de 16 ans à son entrée dans la compagnie, s’est constituée partie plaignante. Elle n’était pas présente au Tribunal du district de Sion lundi.

«Il y a un nombre incalculable de personnes qui racontent les mêmes comportements, les mêmes déviances, la même emprise», a insisté Olivier Elsig, évoquant une trentaine de témoignages.

L’avocat de la victime a décrit de manière similaire le processus mis en place par l’accusé. Il a évoqué «une manipulation répétée», qui emprunte à des formes «de dérive sectaire.» Guillaume Salman a demandé 22’000 francs de dommages et intérêts.

Le prévenu doit répondre de contrainte sexuelle et de tentative de viol pour ce pan de l’affaire, mais aussi de séquestration et d’enlèvement pour un autre. Ces accusations concernent une altercation entre l’ex-directeur et une ancienne collaboratrice en 2011. Il l’aurait cantonnée dans une pièce, dont il avait fermé la porte et l’aurait empêchée de quitter la pièce durant plusieurs minutes.

«Sacralisation des victimes»

De son côté, l’avocat du prévenu Guillaume Grand a souligné que ce procès s’inscrivait «dans la mouvance Me too» qui, parfois, comportait des dérives avec la «sacralisation» des victimes. «Ce que j’entends par ‘sacralisation’, c’est le fait de rendre forcément pour vrai les faits qui sont énoncés par les victimes», a-t-il affirmé, plaidant l’acquittement de son client.

Le défenseur a argué en faveur d’une lecture alternative des témoignages et pointé des contradictions de la partie plaignante. Guillaume Grand a admis des «attouchements» survenus lorsque son client dirigeait la compagnie, mais réfuté toute accusation de contrainte et de tentative de viol, ainsi que l’existence d’emprise psychologique.

Il a également insisté sur le «côté racoleur» de l’article du Nouvelliste, à l’origine de l’affaire. Il a ainsi demandé une indemnité pour tort moral de 50’000 francs pour son client, désormais marginalisé, notamment professionnellement.

Dossier au long cours

C’est le quotidien valaisan qui, en 2021, avait révélé cette affaire. Il évoquait des «agressions sexuelles», une «emprise psychologique» et une «exploitation financière» à travers huit témoignages d’anciens et anciennes membres d’Interface.

L’instruction pénale a été ouverte en 2021 dans la foulée des révélations médiatiques. La Ville de Sion avait aussi réagi: elle avait rapidement gelé ses subventions (70’000 francs par an) et résilié le bail des locaux loués par la compagnie.

Depuis, une partie des faits ont été classés pour prescription ou absence de preuve. En 2022, le Ministère public avait classé le pan financier de l’affaire.

Le verdict devrait être rendu mardi. A noter que les faits reprochés, antérieurs au 1er juillet 2024, sont examinés à la lumière de l’ancien droit pénal en matière de violences sexuelles.

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