Dans 30 ans, 10% de nos forêts seront protégés
La Confédération et les cantons se sont mis d'accord sur un moyen de mieux préserver la forêt suisse: dans les trente ans à venir, dix pour cent de la surface forestière nationale devraient être délimités comme réserves. Les stratégies seront adaptées aux régions.
La part de la forêt suisse actuellement protégée à long terme n’est pas très importante. Les quelque 200 réserves existantes ne représentent grosso modo que un pour cent seulement de la superficie forestière totale de la Suisse.
Avoir en Suisse une politique commune de la gestion forestière n’est pas chose facile, nous dit Markus Bolliger, responsable de la conservation des forêts au sein de l’Office fédéral de l’environnement (OFEFP): «une forêt appartient toujours à quelqu’un et il faut que tous les propriétaires se mettent d’accord».
Le gros de la forêt suisse (un tiers du territoire) appartient aux communes et à quelque 250 000 privés. La Confédération n’en possède que 1% et les cantons 5 à 6%. Comme la création de réserves naturelles est du ressort des cantons, la répartition des tâches rend le dossier encore plus difficile.
N’empêche. A l’occasion d’une session de la Conférence suisse des directeurs cantonaux des forêts, cantons et Confédération ont trouvé un terrain d’entente qualifié de «succès» : il s’agit, d’ici à l’année 2030, de faire en sorte que 10% de l’aire forestière suisse soient délimités à long terme comme réserves, la moitié comme réserves naturelles, l’autre moitié comme réserves dites particulières (ou partielles).
Dans le premier cas, la nature est entièrement laissée à elle-même et la forêt passe en quelque sorte par tous les stades de développement. Dans le second, s’il y a intervention humaine, ce ne sera que pour mieux protéger les espèces végétales et animales rares et menacées.
Dans un cas comme dans l’autre, l’objectif essentiel reste la bataille pour la diversité biologique. Non seulement on compte en Suisse une centaine de types différents de forêts. Mais ces forêts elles-mêmes servent de milieu naturel à deux tiers des espèces végétales et animales du pays (2000 plantes et 20 000 animaux). Cette diversité est fragile. Exemple: des menaces pèsent sur la subsistance d’un quart des espèces d’oiseaux vivant dans les forêts suisses.
Les 10% de superficie forestière que l’on veut protéger ne sont donc pas l’unique critère de conservation. Ni la taille des réserves ni leur nombre n’entraînent automatiquement la garantie de leur qualité biologique. Cet objectif quantitatif ne sera pas non plus appliqué uniformément dans chaque canton. La diversité des paysages naturels suisses appelle plutôt des stratégies de protection adaptées aux particularités régionales.
Enfin, la politique environnementale suisse continuera de prôner la «multifonctionnalité» des forêts. Explications de Markus Bolliger: on ne veut pas de séparation stricte entre la forêt protégée et la forêt exploitée, on cherche avant tout à conserver des forêts aussi proches que possible de l’état naturel et remplissant en même temps toutes les conditions d’un bon usage par l’homme.
Bernard Weissbrodt
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