Génome humain: la Suisse attend son heure
La carte du génome humain est désormais suffisamment élaborée pour être publiée dans les deux revues scientifiques les plus prestigieuses au monde. Des travaux auxquels la Suisse n'a que très peu participé, préférant garder ses forces vives pour les étapes suivantes.
«L’aube d’une ère nouvelle» selon l’américaine Science, «un des plus formidables défis scientifiques de tous les temps» selon la britannique Nature: les deux revues rivalisent de superlatifs pour annoncer la nouvelle. Le travail accompli, il est vrai, est énorme, mais les scientifiques sont encore très loin du compte.
«Le livre de la vie reste illisible», titrait en juin 2000 un quotidien romand, au moment de la publication des premiers résultats. Huit mois plus tard, le constat est toujours valable. Si l’on sait aujourd’hui que l’espèce humaine dispose d’environ 35 000 gènes – à peine deux fois plus que la mouche drosophile, une surprise, puisqu’on en attendait au moins trois fois plus – on n’est pour l’heure à peu près sûr que de leur localisation sur les chromosomes.
Les scientifiques ignorent encore tout de la fonction de presque la moitié d’entre eux et commencent à se rendre compte que l’équation «un gène = un caractère» est décidément trop simpliste. En fait, c’est l’interaction des gènes entre eux qui détermine la plupart de nos particularités et cette évidence est seule à même d’expliquer qu’un homme n’est apparemment que deux fois plus complexe qu’une mouche.
Par contre, les résultats déjà acquis permettent de jeter définitivement à bas le mythe crasseux d’un certain racisme «scientifique». 99,9% du patrimoine génétique est commun à toute l’humanité et chacun d’entre nous peut parfaitement être plus proche par ses gènes d’un Thaï ou d’un Mexicain que de son ami d’enfance, né dans le même village.
Quoi qu’il en soit, il faudra encore au bas mot deux ans de recherches pour approcher d’une carte génétique complète et peut-être dix de plus pour arriver à disposer de médicaments contre les maladies génétiques comme la trisomie 21, Alzheimer, Parkinson ou certaines formes de cancer.
Jusqu’ici, les travaux de cartographie du génome ont été le fait de deux groupes, d’abord rivaux, puis complémentaires au point de publier leurs résultats ensemble. L’un privé, l’américain Celera Genomics et l’autre public, le consortium Human Genome Project, dominé par les universités et les laboratoires américains, britanniques, allemands, français et chinois.
A ce premier stade de la recherche, la Suisse n’a participé que très modestement, via les travaux sur le chromosome 21 menés par la Division de génétique médicale des Hôpitaux universitaires de Genève. Question de taille critique, avouent en chœur Gérard Escher, conseiller scientifique au Groupement de la science et de la recherche et Patrick Aebischer, président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.
Les chercheurs helvétiques n’en attendent pas moins leur heure. Avec le potentiel énorme qu’elle représente en termes de développement de nouvelles thérapies, la carte du génome humain intéresse au plus haut point l’industrie pharmaceutique.
Novartis, Roche et les autres ont déjà investi des millions dans la recherche sur les étapes suivantes, celle qui permettra notamment de comprendre comment les gènes fournissent les informations nécessaires à la synthèse des protéines. Du stade du déchiffrage, des «lettres» qui composent les gènes, on passera alors à celui de la compréhension des mots, puis des phrases.
Marc-André Miserez
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