Grands barrages: la Suisse sommée de se positionner
La Déclaration de Berne veut que le gouvernement suisse adopte une position claire, suite au rapport de la Commission mondiale des barrages. La Confédération répond qu'elle n'a pas fini d'étudier le rapport.
Dans une lettre adressée à l’agence de coopération suisse (DDC), à l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage, ainsi qu’au Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), la Déclaration de Berne – une ONG active dans les questions de développement – demande à la Suisse de réagir au rapport publié en novembre dernier par la Commission mondiale des barrages.
Créée en 1997 à Gland, cette commission a reçu le mandat d’évaluer l’impact des grands barrages en matière de développement.
Composée des représentants de l’ensemble des secteurs concernés par cette question, la Commission mondiale des barrages a également été chargée de définir des critères et des lignes directrices pour la conception, la construction et le contrôle des grands barrages.
Après deux ans de travail, la commission a donc rendu son rapport et émis une série de recommandations. La Déclaration de Berne estime que ces recommandations confirment la justesse de ses positions prises ces dernières années.
Selon l’ONG, la plus importante de ces recommandations suggère une pleine participation des populations affectées par la construction de l’ouvrage d’art. «Elles doivent pouvoir s’exprimer, avoir accès à l’information et participer au processus de décision», souligne Thierry Pellet, de la Déclaration de Berne.
Le rapport de la commission propose également que toutes les autres options possibles soient étudiées, avant d’envisager la construction d’un barrage.
Selon Thierry Pellet, des mesures d’économie d’énergie ou l’amélioration du réseau de distribution du courant électrique pourraient souvent être des solutions alternatives.
Du coté de la DDC, qui a financé en partie les travaux de la commission, on salue le rapport. «Nous étudions actuellement les détails de ce rapport et de ses recommandations», précise Andreas Stuber, son porte-parole.
Une position officielle de la Suisse n’est dès lors pas prévue dans l’immédiat. Ce qui surprend la Déclaration de Berne. Car plusieurs réunions importantes sont prévues prochainement.
Le 15 février prochain, la Banque mondiale organise une réunion au sujet du rapport de la Commission mondiale des barrages. Or, la Suisse est membre du Conseil exécutif de la Banque mondiale. Elle pourrait donc, selon la Déclaration de Berne, soutenir les recommandations du rapport auprès de la Banque mondiale.
Une réunion de la Commission mondiale des barrages est également prévue à la fin du mois au Cap, en Afrique du Sud. Cette échéance devrait également pousser la Suisse à donner sa position d’une manière claire, selon la Déclaration de Berne.
Sans pouvoir fournir de position officielle, Kurt Schärer, du SECO, rappelle tout de même que le ministre de l’Economie a fourni un début de réponse en décembre dernier devant le Parlement.
Pascal Couchepin a déclaré en substance que la garantie des risques à l’exportation (GRE), accordées aux entreprises suisses impliquées dans la construction de grands barrages, tenait déjà compte de l’essentiel des recommandations faites par la Commission mondiale des barrages. Ce que conteste la Déclaration de Berne.
Frédéric Burnand
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