L’EPFZ veut tester son blé transgénique
Ce serait une première mondiale. Si l´équipe du docteur Sautter, de l´Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) obtient l´autorisation, elle pourrait tester dès ce printemps une variété de blé transgénique, résistant à la maladie du charbon.
En Allemand, «Stinkbrand» – littéralement, «la brûlure qui pue» – décrit assez bien l’action du champignon microscopique responsable de la maladie du charbon. Les épis pourrissent avant d’arriver à maturité et l’odeur qui s’en dégage est tellement forte que quelques épis contaminés suffisent à rendre une récolte entière impropre à la consommation.
En Suisse comme en France, le charbon a été l’un des fléaux principaux des céréaliers tout au long du 19ème siècle. Le champignon qui s’attaque aux épis affectionne en effet particulièrement les climats humides.
Aujourd’hui, ce sont 20 tonnes de fongicides qui sont déversés chaque année sur les champs helvétiques rien que pour l’empêcher de se développer.
Le but des recherches menées par le docteur Christoph Sautter, de l’Institut des sciences botaniques de l’EPFZ, est évidemment de diminuer ces épandages de produits particulièrement agressifs pour l’environnement. On va donc modifier le patrimoine génétique du blé pour le rendre «naturellement» résistant au champignon.
Après plusieurs années de tests en laboratoire et en serre, les chercheurs zurichois ont maintenant besoin d’un essai en plein air, notamment pour surveiller l’éventuelle dispersion d’organismes génétiquement modifiés dans l’environnement. C’est dans ce but que l’EPFZ a déposé la semaine dernière une demande d’autorisation auprès de l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP).
Dans un premier temps, il ne s’agirait que d’une surface de 8 m2, sur les terrains de la station de recherche de l’EPFZ à Lindau-Eschikon. Mais le docteur Sautter – qui s’est déjà vu refuser une autorisation de ce type il y a 18 mois – est bien placé pour savoir que rien n’est encore gagné.
«Pratiquement, la législation dans ce pays équivaut à une interdiction de fait», explique ce chercheur allemand établi à Zurich, qui se refuse à tout pronostic sur ses chances d’obtenir cette fois le sésame. Une demande de ce type en effet doit passer – outre les offices fédéraux et cantonaux concernés – devant deux commissions – l’une de sécurité biologique et l’autre d’éthique – avant d’être soumise à une sorte d’enquête publique.
Et ici bien sûr, les défenseurs de l’environnement ne manqueront pas de faire opposition. «Nous ne sommes pas a priori contre le génie génétique, explique Michel Chevalier, du WWF Suisse. Mais dans l’état de vide juridique où se trouve la Suisse en ce moment, il vaut mieux s’abstenir».
Comme les autres organisations de protection de l’environnement – et comme l’Union suisse des paysans, pour une fois d’accord avec les écologistes – le WWF soutient l’idée d’un moratoire de dix ans sur l’exploitation commerciale des organismes génétiquement modifiés. Un moratoire que ces milieux souhaiteraient voir ajouter au paquet Genlex, qui doit arriver prochainement devant le Parlement.
«Pourtant, soutient Christoph Sautter, dans ce cas, il ne s’agit que de recherche pure. La technique que nous utilisons est vieille de plus de vingt ans et par conséquent, il n’y a aucun moyen de faire breveter notre blé. Il n’y a donc que très peu de chance pour que Novartis ou les autres s’y intéressent».
A Bâle où elle dirige le Centre d’information sur les biotechnologies – qui font l’objet d’un programme urgent du Fonds national -, Françoise Bieri ne se risquera pas non plus à un pronostic sur les chances qu’ont les scientifiques de l’EPFZ d’obtenir cette fameuse autorisation. Pour elle aussi, les tests en pleine nature sont indispensables et il n’y a pas lieu de précipiter les choses.
Marc-André Miserez
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