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La Suisse s’investit dans l’éducation sud-africaine

Walter Fust (à gauche), directeur de la DDC, avec Anton Schrafl, vice-président de Holderbank. Keystone

Economie privée et coopération suisses font cause commune. Au moment où une campagne remet en cause le rôle des banques helvétiques pendant le régime d'apartheid, la Suisse met sur pied un Fonds de deux millions de francs par an pour encourager la formation professionnelle en Afrique du sud.

Le taux de chômage élevé (30 à 40%) dont pâtissent les jeunes sud-africains sert de toile de fond à ce projet que la Direction du développement et de la coopération et plusieurs sociétés du secteur privé ont décidé de soutenir ensemble.

Qui dit lutte contre le chômage et donc aussi contre la délinquance notoire à laquelle l’Afrique du Sud doit aujourd’hui faire face, dit obligatoirement amélioration de la formation scolaire et de l’apprentissage professionnel.

«Il y a une trentaine d’années, raconte Walter Fust, Directeur de la DDC, l’industrie suisse était déjà active en matière de formation professionnelle. Par ailleurs, les entreprises suisses établies aujourd’hui dans ce pays sont très nombreuses (plus de 200). Donc, pourquoi ne pas les convaincre de contribuer à un investissement social?»

L’idée a fait son chemin. L’économie privée suisse va mettre cinq millions de francs en cinq ans dans la corbeille commune, la Coopération fera de même. Neuf grandes entreprises sont d’ores et déjà inscrites sur la liste de départ, d’autres sont invitées à adhérer à l’initiative.

Ces projets, précise la DDC, doivent être mis en oeuvre par des organisations non gouvernementales ou par des sociétés sud-africaines privées et spécialisées dans le domaine de la formation.

Cela se traduira par exemple par des cours pour instituteurs et directeurs d’écoles dans les provinces les plus démunies, par des formules d’apprentissage accéléré pour chômeurs vivant dans les townships ou, si besoin est, par la construction d’écoles dans des régions rurales d’anciens homelands ou par l’achat de matériel didactique.

Tout cela va dans la droite ligne de la philosophie de la DDC, dont l’activité en Afrique du Sud est particulièrement orientée vers l’éducation de base et l’amélioration de l’égalité des chances sur le marché du travail.

Mais c’est aussi un programme novateur. «Nous avons beaucoup d’expérience de coopération avec des entreprises individuelles, explique Walter Fust. Par contre, c’est la première fois que nous avons affaire avec une configuration d’entreprises qui de surcroît s’engagent pour cinq ans.»

Cela dit, il y a tout de même une histoire des relations entre la Suisse et l’Afrique du Sud que l’on ne peut passer sous silence. Certaines entreprises suisses, voire certaines personnes qui aujourd’hui participent à cette initiative avaient coopéré avec le régime de l’apartheid.

La DDC n’est-elle pas gênée de travailler avec elles la main dans la main? Est-ce une manière pour la Suisse d’effacer le passé ou de se faire pardonner?

«Nous, répond Walter Fust, nous regardons l’avenir, nous voulons investir en faveur des jeunes sud-africains et pour la génération future. Et si des entreprises sont prêtes à nous soutenir dans cet effort, cela n’a rien à voir, de notre point de vue, avec une quelconque ‘digestion’ du passé.»

«Comment ces sociétés assument-elles leur propre passé? C’est leur affaire. Mais une chose est claire: celles avec qui nous coopérons ne sont pas impliquées dans des actions en justice, elles n’ont pas commis d’actes qui nous obligeraient à rompre le contact avec elles.»

La présence de Anton Schrafl à la conférence de presse annonçant cette initiative commune illustre bien ce revirement de l’histoire des relations de l’économie suisse avec l’Afrique du Sud. Ce vice-président de la Holderbank Financière Glaris SA est depuis longtemps l’un des personnages-clefs de la très active Swiss-South African Association.

Jadis, les militants de la lutte anti-apartheid l’avaient dans leur collimateur car il ne faisait guère mystère de ses bonnes relations avec le régime blanc. Les temps ont changé mais Anton Schrafl a su jouer de ses relations et de sa parfaite connaissance du terrain. L’année dernière, les Sud-Africains l’ont choisi comme consul honoraire à Zurich.

Sa nomination avait même été annoncée par Ruth Mompati, à l’époque ambassadrice d’Afrique du Sud en Suisse, aujourd’hui de retour au pays natal. C’est elle qui présidera la Fondation dont la DDC et l’économie privée viennent d’annoncer la naissance.

Bernard Weissbrodt

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