La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

La Suisse veut y voir plus clair dans ses engagements africains

L'action de la Suisse en Afrique doit notamment porter sur la défense d’intérêts globaux comme la prévention des conflits et des exodes qu’ils provoquent. Keystone Archive

Le Département fédéral des affaires étrangères révise ses politiques régionales. Après avoir analysé ses relations avec les Balkans et les pays méditerranéens, c'est à ses engagements en Afrique noire que la diplomatie suisse entend aussi réfléchir.

Mi-février à Accra, capitale du Ghana. Durant toute une semaine, une douzaine d’ambassadeurs de Suisse en poste dans des capitales d’Afrique subsaharienne et autant de chefs des différents Bureaux de coordination de la coopération se livrent à un vrai ‘brainstorming’ sur les priorités de la présence suisse dans cette partie du monde.

L’exercice n’est pas ordinaire. Car, comme l’explique l’ambassadeur Georges Martin qui dirige à Berne le Centre d’analyse et de perspective des Affaires étrangères, il fait se côtoyer «deux cultures différentes», celle des diplomates et celle des praticiens du développement.

Cette complémentarité fort souhaitable ne va pas de soi. Les uns défendent les intérêts de l’Etat qu’ils représentent, fréquentent les réseaux du pouvoir et cultivent une certaine vision globale de la politique. Les autres ont une perception beaucoup plus locale des réalités, travaillent souvent assez loin des hauts-lieux de décision et vivent davantage au rythme des espoirs et des frustrations des populations.

L’exercice n’est pas théorique non plus. Il s’agit de voir comment les uns et les autres, dans leurs pratiques quotidiennes, peuvent contribuer à réaliser les grands objectifs de la politique extérieure de la Suisse: construire la paix et prévenir les conflits, promouvoir les droits de l’homme et la démocratie, lutter contre la pauvreté et préserver les ressources naturelles, mais aussi sauvegarder les intérêts de l’économie suisse.

Les relations économiques de la Suisse avec l’Afrique sont ténues, elles ne représentent que 1% de ses échanges extérieurs. Par contre, même si sa présence y est modeste, la Suisse a sur ce continent une longue tradition d’aide au développement qui s’est greffée là où elle avait des missionnaires, protestants ou catholiques.

La question n’est donc pas de savoir si la Suisse poursuivra ses engagements de solidarité avec l’Afrique, mais de se déterminer sur les contenus qu’il faut aujourd’hui leur donner et sur la meilleure façon de les prendre et de les tenir, compte tenu des réalités contrastées de ce continent.

«Il faut se mettre au rythme de l’Afrique», nous dit Lise Favre, cheffe de division politique au Département fédéral des Affaires étrangères. «Au rythme de ses énormes besoins mais aussi de son potentiel, précise-t-elle, car on en attend toujours beaucoup trop et beaucoup trop vite, on est alors forcément déçu.»

L’action de la Suisse en Afrique, cette ancienne ambassadrice en Tanzanie la voit dans la défense d’intérêts globaux comme la prévention des conflits et des exodes qu’ils provoquent. Ou comme la préservation de ressources naturelles indispensables à la survie de la planète. Elle la voit également dans l’expertise dont son pays peut se prévaloir en matière de décentralisation, de fédéralisme et autres institutions démocratiques.

Quoi qu’il en soit, il ne fait aucun doute pour Lise Favre que «la politique étrangère de la Suisse dans ses relations avec l’Afrique continuera de reposer sur un concept de solidarité et sur la coopération au développement qui en est l’épine dorsale».

Du côté de la DDC précisément, ce travail de réflexion mené de pair avec les diplomates est jugé tout à fait positif. Mais, selon Jean-Maurice Delèze, chef de la Division Afrique de l’Ouest, certaines thématiques mériteraient d’être encore approfondies. Et d’évoquer par exemple la politique suisse d’immigration qui, hors du cercle de l’Union européenne, veut que désormais l’on ne prenne en compte que la main-d’œuvre qualifiée.

Il se pose aussi des questions quant aux échanges culturels entre la Suisse et l’Afrique. Pour le moment, on se limite à des projets ponctuels, dans des domaines comme le théâtre ou le cinéma. Ne pourrait-on pas, se demande-t-il, imaginer une politique plus soutenue dont la Suisse tirerait, elle aussi, un véritable enrichissement culturel?

Bref, et en attendant la suite de ces réflexions qui devraient déboucher vers la fin de l’été sur un document à l’intention du Conseil fédéral, on laissera la conclusion à l’ambassadrice Lise Favre pour qui il importe surtout de «faire progresser les valeurs que la Suisse veut partager le plus possible avec le plus grand nombre de gens».

Bernard Weissbrodt

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision