Le Credit Suisse veut dynamiser la formation
L'économie helvétique manque cruellement de spécialistes formés dans les écoles suisses. Forts de ce constat, des experts du Credit Suisse Group se sont penchés sur le système de formation, qu'ils souhaiteraient plus flexible et plus concurrentiel.
Sous le titre générique d’«Economic briefings», le Credit Suisse publie depuis 1997 une demi-douzaine de brochures chaque année. A côté de sujets typiquement bancaires, on y trouve aussi des thèmes économiques, voire politiques ou sociaux.
«C’est aussi notre rôle de nous mêler d’un sujet comme la formation, explique Petra Huth, l’un des auteurs de l’étude présentée mardi à Zurich. Après tout, nous sommes un acteur important du marché du travail.»
Intitulée «La politique de la formation, facteur-clé de la société du savoir», cette brochure du Credit Suisse recense les points forts et les points faibles du système scolaire suisse, de la maternelle aux hautes écoles.
Bon niveau général
En comparaison mondiale, le niveau de formation est plutôt bon en Suisse. Ainsi, moins de 20% de la population se contente d’une scolarité primaire. Certes, les universitaires sont moins nombreux qu’aux Etats-Unis ou au Japon, mais ils trouvent plus facilement du travail une fois leurs études achevées.
Plus généralement, le taux de chômage des jeunes Suisses est bas, ce qui indique une transition assez facile de l’école à la vie active.
Pourtant, soulignent les experts du Credit Suisse, l’économie manque de spécialistes de haut niveau. «En tant qu’employeur, nous le ressentons cruellement, souligne Petra Huth. Et pas seulement dans les domaines typiquement bancaires, mais également en informatique, en communication, et en langues. Bref, un peu partout».
Etudes trop longues
En règle générale, un diplômé d’une Haute Ecole helvétique arrive sur le marché du travail avec un à deux ans de retard sur son collègue allemand, français ou américain.
Selon les conclusions du Credit Suisse, ce problème doit être attaqué à la source. Notamment, en faisant commencer la maternelle aux enfants plus tôt et en les laissant entrer à l’école primaire dès qu’ils sont prêts.
Par la suite, il faut encourager les plus doués d’entre eux à sauter des classes ou à passer directement d’une haute école spécialisée à l’université.
Quant aux vrais surdoués, leur formation ne doit pas être abandonnée entièrement aux écoles privées. L’Etat doit s’en occuper. Tout comme il s’occupe déjà du financement de classes spéciales pour les élèves en difficultés.
Financement à revoir
Globalement, le Credit Suisse se défend de vouloir démanteler l’école publique ou réduire les dépenses de formation. Bien au contraire, les experts de la banque préconisent un soutien accru aux étudiants d’origine modeste, via un système de bons de formation ou de réductions fiscales pour leurs parents.
Les jeunes auraient ensuite à payer la différence entre ce qu’ils reçoivent de l’Etat et l’écolage exigé par l’établissement de leur choix. Un système qui aurait l’avantage de mettre les écoles en concurrence, ce qui – selon les experts du Credit Suisse – réduirait les coûts et améliorerait la qualité de la formation.
La brochure contient encore une série de propositions sur la modernisation des moyens d’enseignement. Ses auteurs préconisent par exemple un recours accru aux cours sur internet, afin de libérer du temps pour les séminaires et les travaux pratiques en petits groupes.
Message reçu à Berne
En l’absence du Secrétaire d’Etat Charles Kleiber (en vacances), c’est le directeur de l’Office fédéral de l’Education et de la Science, Gérard Schuwey, qui a pris rapidement connaissance mardi des propositions du Credit Suisse.
«Il est réjouissant de voir qu’une banque s’intéresse à ces sujets, surtout lorsqu’elle nous décerne de bonne notes», commente, amusé, le haut fonctionnaire.
Plus sérieusement, Gérard Schuwey ne voit dans ces propositions rien de fondamentalement incompatible avec les réformes en cours. L’introduction des grades universitaires de «bachelor» (bac + 3 ans) et de «master» (bac + 5) correspondra effectivement à un raccourcissement des études pour ceux qui s’arrêteront au premier stade.
Quant au système des bons de formation, il est à l’étude au plus haut niveau et il existe déjà dans le Canton de Genève.
Marc-André Miserez
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