Besançon: structure pour les auteurs de violence conjugale
(Keystone-ATS) «Violenter une femme, c’est pas beau. J’ai beaucoup de torts et de travail à faire pour ne pas recommencer», explique un pensionnaire d’Altérité. A Besançon, ce foyer héberge des auteurs de violences conjugales et tente de les accompagner sur le long chemin de la prise de conscience.
Altérité est l’une des rares structures en France s’adressant aux auteurs de violences conjugales. Habituellement, «pour les femmes, c’est la double peine : elles sont victimes de violences conjugales et en plus, elles sont obligées de quitter le domicile familial, parfois avec les enfants, pour s’éloigner de l’auteur», explique Sébastien Girin, responsable du foyer.
Mais à Besançon, la discrète structure de huit appartements située dans un immeuble du centre historique, est conçue pour héberger onze hommes en attente de jugement ou déjà condamnés. Leur placement dans ce foyer relève alors de l’exécution de leur peine.
Depuis sa création en octobre 2018, ils sont plus d’une trentaine, âgés de 19 à 75 ans, à y avoir été accueillis. L’initiative en revient principalement au parquet et à l’Association départementale du Doubs de sauvegarde de l’enfant à l’adulte (ADDSEA) qui en assure la gestion quotidienne.
«La première protection pour madame, c’est de sortir monsieur du domicile conjugal», souligne le procureur de la République de Besançon Etienne Manteaux. Les auteurs de violences conjugales hébergés à Altérité doivent être présents dans leur logement de 19h00 à 8h00. Les visites extérieures sont interdites.
Obligations judiciaires
Leurs obligations judiciaires, telles que l’obligation de soins ou l’interdiction de contacter la victime, sont étroitement contrôlées. Après onze mois de fonctionnement, sept hommes ont vu leur placement au foyer révoqué pour avoir violé ces obligations. Ils ont été incarcérés.
Dans les locaux d’Altérité, les pensionnaires bénéficient d’un suivi psychosocial global visant «à éviter la réitération des faits», souligne M. Manteaux.
Les professionnels d’Altérité, qui organisent également des groupes de paroles, établissent «un lien de confiance» avec les hommes hébergés et leur «donnent la parole sans les stigmatiser», explique la psychologue Anouchka Vullo. «L’objectif est de comprendre le contexte, comment on en est arrivé là et de travailler leur relation à la femme», poursuit-elle, «souvent, ils minimisent les faits, certains sont dans le déni».
L’assistante sociale Nadine Lacaille-Berthelon note qu’il s’agit fréquemment de personnes présentant «de lourds antécédents familiaux, exposés dans leur enfance à des situations difficiles, enfants placés, père absent, violent ou alcoolique, image maternelle défaillante».
«L’enjeu c’est de trouver la faille pour pouvoir travailler dessus. Ils doivent prendre conscience que ce qu’ils ont fait est inacceptable», note Mme Lacaille-Berthelon, «mais parfois, ça reste bloqué».