Aujourd’hui en Suisse
Chères et chers Suisses d’ici et du monde,
Plus de 20 ans après l’adoption du régime dit des délais, l’avortement continue à faire débat en Suisse. Si la lutte entre celles et ceux qui veulent totalement le dépénaliser et les mouvements pro-vie semble ne jamais devoir se terminer, les choses avancent pourtant sur le plan législatif, comme le montre l’enquête de ma collègue Katy Romy.
Je vous parle aussi du vote des Suisses de l’étranger, d’or sale qui transite par la Suisse et d’une grosse bagarre entre Erythréens (pour des raisons politiques) ce week-end à Zurich.
Bonne lecture,
La législation suisse sur l’IVG pourrait prochainement être réévaluée, comme le recommandent les spécialistes de la santé sexuelle et l’Organisation mondiale de la santé. Des obstacles subsistent en effet sur le chemin de celles qui veulent avorter. Avec un peu plus de 6 pour 1000 femmes en âge de procréer, le taux d’avortement en Suisse est pourtant parmi les plus bas au monde.
Comme dans de nombreux pays, les débats autour du droit à l’avortement ont repris en Suisse, ravivés par la révocation l’an dernier du droit fédéral à l’avortement par la Cour suprême des États-Unis. Ici, le droit à l’avortement est toujours régi par le Code pénal. En 2002, le pays a adopté le régime dit du délai: l’IVG (interruption volontaire de grossesse) n’est pas punissable si elle est pratiquée dans les 12 premières semaines de grossesse. Passé ce délai, le corps médical doit démontrer «une atteinte grave à l’intégrité physique de la femme enceinte».
Mais cela ne correspond pas aux nouvelles lignes directrices de l’OMS, qui recommandent entre autres la dépénalisation complète de l’avortement, soit son retrait de toutes les lois pénales ou criminelles. En Suisse, si les partisanes et partisans de plus de libéralisme ne parviennent pas à faire passer leurs idées, les milieux anti-avortement n’y arrivent pas non plus. Malgré ce blocage, le Conseil fédéral vient d’ouvrir la porte à une réévaluation de la loi, en prenant position en faveur d’un postulat en ce sens, déposé par quatre députées.
- Celles qui choisissent d’avorter se heurtent encore à la stigmatisation – l’enquête de Katy Romy
- Droit à l’avortement: où en est la Suisse? – Juin 2022, Pauline Turuban
- En Suisse comme ailleurs, les mouvements pro-vie gagnent du terrain – Août 2022, Katy Romy
Pourquoi votez-vous en Suisse? Nous avons posé la question aux participant-e-s du dernier Congrès de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE), en vue des élections fédérales d’octobre. De nombreuses et nombreux Suisses de l’étranger considèrent que la démocratie directe est un privilège et qu’il est donc de leur devoir d’en faire usage.
Depuis 1992, les Suisses qui partent vivre à l’étranger conservent leur droit de vote. La diaspora peut participer aux votations fédérales ainsi qu’aux élections du Conseil national. Sa participation aux votations et élections cantonales (y compris les élections aux Conseil des États) est régie par les législations cantonales, et dix cantons les autorisent à participer.
«Parce que je prévois de rentrer en Suisse», «Nous nous sommes battues pour le droit de vote des femmes, alors il faut en faire usage», «Parce que j’aimerais retrouver la Suisse telle que je la connais», «De nombreux sujet nous concernent aussi, alors j’aimerais avoir voix au chapitre»: telles sont quelques-unes de leurs réponses. Sans oublier celui qui rappelle que pour être sûrs d’être dans les délais, les Suisses de l’étranger auraient besoin d’un système de vote électronique.
- Pourquoi votez-vous depuis l’étranger? – Emilie Ridard, Patricia Islas, Balz Rigendinger
- Point Fort SWI – Les Suisses de l’étranger, des citoyens de seconde zone?
- Point Fort SWI – Zoom sur les préoccupations des Suisses de l’étranger
Plus
La raffinerie d’or Valcambi, au Tessin, a importé de l’or sale de l’entreprise Kaloti, basée à Dubaï, au mépris des avertissements, révèle la RTS. Selon l’ONG Swissaid, qui dénonce ces pratiques depuis des années, cet or provient des zones de conflit au Soudan. Valcambi affirme de son côté respecter toutes les règles et avait même porté plainte contre Swissaid en son temps.
«On peut se demander quelles sont les raisons d’importer de l’or déjà raffiné à 99,5% de pureté de Dubaï pour le fondre à nouveau dans une raffinerie helvétique», a dit à la RTS Marc Ummel, le spécialiste du dossier chez Swissaid. Il faut savoir que l’or de Dubaï n’est pas certifié LBMA (un standard international, indispensable pour pouvoir vendre de l’or aux grandes banques ou aux fabricants de montres). En transitant par une raffinerie suisse, l’or de Dubaï obtient soudainement la certification et prend de la valeur.
L’enjeu est de taille. La Suisse est une plaque tournante du commerce de l’or mondial. Selon certaines estimations, près de 60 à 70% de l’or mondial passe par notre pays. Un succès qui s’explique par le savoir-faire des raffineries helvétiques, une absence de TVA pour l’or et un cadre légal sommaire.
- Les secrets inavouables de la plus grande raffinerie d’or de Suisse – RTS, François Ruchti
- Point Fort SWI – L’or et la Suisse: une histoire mouvementée
Une bagarre entre deux groupes d’Erythréens anti- et pro-gouvernement a fait 12 blessés, dont 7 graves samedi au Glattpark, en banlieue zurichoise. Deux hélicoptères de la police ont atterri dans le parc et une douzaine de voitures, ainsi que divers secouristes ont été mobilisés.
Les personnes impliquées étaient des participants et des opposants à un festival en faveur du pouvoir érythréen qui devait avoir lieu samedi dans le canton de St-Gall. Face à la menace des opposants qui convergeaient vers les lieux depuis toute la Suisse, ce festival a finalement été annulé à la dernière minute par ses organisateurs qui craignaient des accès de violence.
Les bagarres entre Erythréens se multiplient. Des émeutes ont également éclaté ce week-end en Norvège et en Israël. Le conflit entre opposants et partisans du régime est latent depuis des décennies. Après une guerre d’indépendance sanglante, le pays s’était séparé unilatéralement de l’Éthiopie en 1993. Peu après, Isaias Afewerki a pris le pouvoir et a transformé le pays en l’une des dictatures les plus brutales du continent, selon Amnesty International.
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