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Chères et chers Suisses de l’étranger,

Un jour après les votations, le «non» à l’initiative sur la neutralité continue d’occuper le devant de la scène médiatique suisse. Le scrutin suscite aussi un vif intérêt dans les journaux étrangers.

Dans cette infolettre, je vous parlerai aussi de la façon dont a voté la diaspora, avant de faire un détour par le Parlement, où ont débuté les débats sur l’un des dossiers les plus brûlants de ces dernières années: les accords entre Berne et Bruxelles.

Bonne lecture!

Deux nets «non» sont également venus de l’étranger.
Deux nets «non» sont également venus de l’étranger. Keystone / Alessandro Della Valle

Concernant l’initiative sur la neutralité, les Suisses de l’étranger ont voté dimanche presque exactement comme le reste du peuple helvétique. Ils ont rejeté le texte avec fermeté. La diaspora s’est toutefois montrée un peu moins sévère envers l’initiative sur l’alimentation.

L’initiative qui demandait d’inscrire dans la Constitution une définition plus stricte de la neutralité a ainsi été rejetée par 70,4% de la diaspora. L’électorat suisse dans son ensemble s’y est opposé à 70,2%.

Une telle similitude est rare, souligne Agnese Zucca, cheffe de projet à l’institut gfs.bern. «Cela envoie un message clair d’homogénéité sur ce que la population veut pour la neutralité, qu’elle vive en Suisse ou à l’étranger», analyse-t-elle. Cette convergence est une surprise, car les Suisses de l’étranger constituent généralement un électorat plus urbain et plus progressiste que celui vivant en Suisse. La spécialiste s’attendait donc à un rejet encore plus marqué de la diaspora.

Le résultat de l’initiative sur l’alimentation correspond quant à lui aux attentes. Le texte, qui demandait l’encouragement en Suisse de la production et de la consommation d’aliments d’origine végétale, a recueilli 72,5% de votes négatifs. Mais ce rejet s’élève à «seulement» 63,4% de «non» parmi les Suisses de l’étranger. Ces derniers «sont souvent plus sensibles aux questions environnementales et se distinguent presque toujours de la population résidante sur ce type de sujets», résume Agnese Zucca.

«Des milliards pour la guerre de Poutine?» Une affiche du camp du non.
«Des milliards pour la guerre de Poutine?» Une affiche du camp du non. Keystone / Christian Beutler

Le net rejet de l’initiative sur la neutralité est l’un des principaux sujets traités par la presse suisse lundi. Le scrutin retient également l’attention de plusieurs médias internationaux.

Dans les colonnes du quotidien suisse Le Temps, l’historien Sacha Zala souligne que la formulation du texte était «brillante»: «Le texte évoquait des principes abstraits sans mentionner le seul mot qui comptait réellement au final: les sanctions.» Le peuple n’est pas «tombé dans le piège», analyse-t-il. Selon lui, les initiants ont toutefois peut-être obtenu ce qu’ils recherchaient: ouvrir le débat sur la souplesse de la neutralité suisse. Cette notion, qui laisse une marge de manœuvre au gouvernement, demeure floue aux yeux de l’opinion publique et pourrait être restreinte à l’avenir.

C’est précisément ce que souhaite le grand perdant du scrutin, l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher, qui a investi des millions de francs dans la campagne du «oui», selon une interview accordée à la Neue Zürcher Zeitung (NZZ). Malgré sa déception, il promet de poursuivre le combat. «Ce n’était que le début de la discussion», affirme-t-il.

À l’étranger, le résultat est surtout analysé sous l’angle des sanctions et des relations avec la Russie. «Les Suisses ne veulent pas se rapprocher de Poutine», titre le journal allemand Die Zeit. En Italie, le Corriere della Sera relève également que «l’une des conséquences les plus concrètes à court terme aurait été l’impossibilité pour la Suisse d’imposer des sanctions à la Russie». Une analyse que partage Le Figaro.

Russia Today, média financé par le Kremlin, affirme quant à lui que le rejet de l’initiative «soulève des interrogations sur la conduite de la campagne, l’utilisation des fonds et la couverture médiatique» en Suisse. Le média rappelle que, pour Moscou, l’actuelle neutralité suisse n’est qu’«une façade». Il reprend également de récentes déclarations de Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, qui a déclaré que «Berne refuse obstinément de reconnaître les crimes commis par le régime de Kiev».

Selon Caritas, les familles monoparentales et les personnes sans formation postobligatoire figurent parmi les catégories les plus exposées au risque de pauvreté.
Selon Caritas, les familles monoparentales et les personnes sans formation postobligatoire figurent parmi les catégories les plus exposées au risque de pauvreté. Keystone / Gaetan Bally

Le nombre de personnes exerçant une activité professionnelle tout en vivant dans la pauvreté n’a jamais été aussi élevé en Suisse depuis 2014, année de l’introduction de la méthode de calcul actuelle. Caritas tire aujourd’hui la sonnette d’alarme sur un problème social souvent sous-estimé.

La Suisse compte 360’000 travailleurs pauvres, soit des personnes actives mais qui ne parviennent pas à boucler leurs fins de mois. Elles représentent 8,8% de la population active. En incluant les autres membres des ménages concernés, ce chiffre atteint 820’000 personnes.

Les working poor, ou travailleurs pauvres, «échappent souvent à l’attention des autorités et ne bénéficient pratiquement d’aucun soutien public», souligne Aline Masé, responsable des études scientifiques et de la politique sociale chez Caritas Suisse.

L’organisation préconise des mesures ciblées pouvant être mises en œuvre sans réforme profonde du système. Selon Caritas, il faut notamment instaurer des salaires minimums légaux ainsi que des taux d’occupation suffisants et prévisibles. «L’État social n’est pas le seul à avoir des responsabilités: les employeurs doivent également faire leur part, précise Aline Masé. Les conventions collectives constituent un instrument efficace pour fixer des salaires et des conditions de travail équitables.»

EU
Le président de la Confédération Guy Parmelin et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont signé le paquet d’accords en mars. Keystone / Peter Klaunzer

Le Conseil des États a entamé lundi le très attendu débat sur le paquet d’accords avec l’Union européenne, les fameuses Bilatérales III. Les discussions se poursuivront durant trois jours et cinq des sept conseillers fédéraux s’exprimeront devant la Chambre haute.

Le paquet comprend une première partie consacrée à la stabilisation et à l’actualisation des accords existants. Parmi les domaines concernés figurent notamment les transports aériens et terrestres, le commerce des produits alimentaires ainsi que la libre circulation des personnes. La seconde partie vise à approfondir les relations entre Berne et Bruxelles grâce à de nouveaux accords dans les domaines de la santé, de la sécurité alimentaire et de l’électricité. Ce dernier accord ne sera toutefois pas examiné durant la session actuelle, les travaux de commission n’étant pas encore achevés.

Le paquet comprend également des mesures d’accompagnement au niveau national ainsi que quatre crédits d’engagement: deux pour la cohésion, un pour la migration et un pour la participation de la Suisse au programme Erasmus+ à partir de 2027.

L’Union démocratique du centre (UDC, droite conservatrice) s’oppose fondamentalement à l’ensemble du paquet. Les autres partis, les partenaires sociaux et les organisations économiques le soutiennent sur le principe, mais sous certaines conditions.

Plusieurs points demeurent particulièrement controversés. Le premier concerne la protection des salaires en Suisse. La gauche et les syndicats pourraient revoir leur soutien s’ils estiment que les emplois ne sont pas suffisamment protégés. La seconde inconnue porte sur le type de référendum qui sera soumis au peuple. S’agira-t-il d’un référendum facultatif, nécessitant uniquement la majorité du peuple, ou, comme le souhaite l’UDC, d’un référendum obligatoire exigeant la double majorité du peuple et des cantons?

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