Blaise Cendrars éclairé par la scène
A Neuchâtel, le Théâtre du Passage accueille «Emmène-moi au bout du monde», d'après le roman de l'écrivain suisse.
C’est le Français Jean-Michel Rabeux qui signe ici le spectacle annoncé exlatant, à l’image du texte.
Il est né à la Chaux-de-Fonds, mais sa précision n’était nullement horlogère. Blaise Cendrars vivait hors du temps, dans un ailleurs exalté que l’on retrouve pratiquement dans tous ses romans.
Il était un écrivain de l’aventure et savait mieux que quiconque parcourir des contrées lointaines.
Ses livres s’appellent «La prose du Transsibérien», «La légende de Novgorode», «Pâques à New-York»… Des noms de lieux. Et quand le lieu n’est pas cité comme tel, il demeure évocateur d’un espace rêvé, indéfinissable.
«Emmène-moi au bout du monde», dit cet autre roman de Cendrars. Soit trois cents pages de verbe érotique, enflammé, délirant, exquis, que le metteur en scène français Jean-Michel Rabeux a adaptées au théâtre. Il en a a fait un solo confié à la grande actrice parisienne Claude Degliame, et joué les 30 et 31 mars au Passage, à Neuchâtel.
L’extase
Le «bout du monde» pour Cendrars, ce n’est pas le Pérou, pas ici du moins. C’est plutôt l’extase. L’extase sexuelle vécue par un personnage de…. 79 ans. En l’occurrence une grande actrice, que l’écrivain nomme Thérèse Eglantine, et qui au soir de sa carrière se voit confier le rôle de sa vie:
«une pin-up de la pègre».
C’est une «vipère lubrique» cette actrice. Un jour, entre deux répétitions, elle s’envoie en l’air avec un légionnaire, de 50 ans son cadet. L’histoire se passe à Paris. Le petit soldat va lui faire toucher le septième ciel.
Elle revit. Mieux, son expérience privée va nourrir son rôle, son jeu.
Un hommage
«Emmène-moi au bout du monde» est un roman peu connu des gens de théâtre. Et pourtant, il a été écrit en hommage aux comédiens, aux metteurs en scène, aux dramaturges. Un hommage infiltré néanmoins de venin, pour le plus grand bonheur du lecteur.
«J’ai lu ce roman il y a 20 ans, raconte Jean-Michel Rabeux. Depuis, il a beaucoup marqué ma manière de travailler, comme metteur en scène. Cendrars parle ici de théâtre mieux que n’importe quel essayiste ou critique. Il faut dire que l’écrivain connaissait très bien le milieu de la scène parisienne, ici visé. Il vivait lui-même avec une comédienne à laquelle Louis Jouvet avait un jour confié un rôle dans une pièce de Giraudoux. C’est donc l’expérience de sa partenaire qu’il transpose dans son roman, en en modifiant les contours bien sûr. En y ajoutant aussi sa réflexion sur un univers double, partagé entre l’obscurité des coulisses et la lumière du plateau».
Tout en creusant de sa plume caustique et de son verbe gouailleur les traits de son héroïne, Cendrars crée ici la figure du monstre sacré.
«Thérèse Eglantine est un personnage mythique, dit encore Jean-Michel Rabeux. La force de Cendrars est d’avoir fait de cette femme un mélange de comédienne et de tragédienne. ‘Emmène-moi au bout du monde’ propose aussi un voyage au bout de la vie. Cette vie qui balance toujours entre rires et larmes».
swissinfo, Ghania Adamo
«Emmène-moi au bout du monde», de Blaise Cendrars, mise en scène de Jean-Michel Rabeux.
Avec Claude Degliame.
Théâtre du Passage, 30-31 mars.
Né à La Chaux-de-Fonds en 1887, Blaise Cendrars a abandonné son nom de baptême (Frédéric Sauser) et son passé en 1912, bourlinguant sur les routes et les océans.
Il va bouleverser les formes du récit d’inspiration autobiographique et faire de l’aventure la matière première de ses romans.
On luit doit notamment «La prose du Transsibérien», «La légende de Novgorode», «Pâques à New-York»…
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