Dans les écoles romandes, on se frotte les yeux
De l'incrédulité à la compassion, de la révolte à la rigolade pour cacher son désarroi : les écoliers romands ont réagi fortement au drame que vivent les Américains. Pas de situation d'urgence pour autant : si les enseignants sont attentifs, les psychologues scolaires n'ont pas encore été sollicités.
« Mercredi matin, certains de nos camarades rigolaient carrément de ce qu’ils avaient vu à la télévision », racontent, plutôt choquées, Elodie (14 ans) et Mathilde (13 ans), élèves du secondaire à Vevey (VD). « Mais en fait, je crois qu’ils ne voulaient simplement pas montrer qu’ils étaient tristes », ajoute la plus jeune.
Pour Sandrine (15 ans), pas question de parler des événements avec ses profs. Au Collège de Sion (VS), on ne fait pas de politique en classe. « J’étais plutôt surprise de voir que mes copains n’en ont pas trop parlé, constate la jeune fille. Mais ceux qui l’ont fait étaient tous choqués que l’on ait tué tant d’innocents. Ceux qui n’aiment pas la politique américaine n’ont qu’à s’en prendre aux politiciens ».
Où sont passés Superman et Bruce Willis?
Pour les jeunes, il est vrai, les images des « twins towers » qui s’effondrent ont un air de déjà vu. Hollywood les a habitués à des scènes de destructions massives souvent bien pires. Comme tous leurs camarades, les trois écolières ont d’abord eu du mal à réaliser qu’il ne s’agissait pas d’un film.
Seulement voilà : Superman, Schwarzie, Bruce Willis, les héros qui sauvent généralement ce genre de situations étaient ce jour là aux abonnés absents. La réalité s’est montrée bien pire que la fiction: face à ce type d’attaques, la grande Amérique est restée totalement impuissante.
« Une des choses qui m’a le plus choquée, c’étaient tous ces papiers qui volaient dans les rues, raconte Mathilde. J’ai pensé qu’il y avait sûrement là des déclarations d’amour, ou des lettres, des e-mails envoyés par des enfants à leurs parents au bureau. Des lettres qu’ils ne reliront jamais ».
Joie indécente
« Beaucoup de nos élèves ont été très choqués de voir ces enfants palestiniens sauter de joie à l’annonce des attentats, souligne Léon Gurtner, directeur du Cycle d’orientation du Belluard à Fribourg. Malgré cela, il n’y a pas eu d’agressions contre les jeunes musulmans qui fréquentent notre collège».
Après discussion avec des collègues d’autres établissements, Léon Gurtner, qualifie de « vive émotion » la réaction des élèves fribourgeois. « Nous avons senti que les enfants en avaient parlé en famille et avaient besoin d’en parler en classe. Nos enseignants ont abordé le problème avec compréhension, sans oublier de le replacer dans le contexte des rapports Nord-Sud. Et nous avons eu beaucoup de questions sur les risques pour la Suisse », poursuit le directeur du Belluard.
Pas de traumatisme direct
A Lausanne, Michel Troillet, directeur du Collège du Belvédère avoue avoir dû s’y prendre à plusieurs fois pour expliquer à son fils de 6 ans que ce qui passait à la télévision n’était pas un film. Pour le reste, il ne peut que se réjouir du calme avec lesquels ses élèves ont pris les événements, surtout dans un établissement marqué par un fort métissage.
Dora Manz, psychothérapeute à Lausanne, elle n’a pas encore été sollicitée par les enseignants du secondaire. « Bien sûr, nous en avons parlé avec des parents, mais je ne sens pas de traumatisme direct chez les élèves. Quant aux réactions d’hilarité, ou de ceux qui pensent avoir simplement vu un film, il s’agit aussi de mécanismes de protection ».
« Ces événements sont encore trop frais, il faudra du temps aux jeunes pour en prendre la pleine mesure et je n’exclus pas que nous devions intervenir plus tard », conclut la psychothérapeute.
Marc-André Miserez
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