En équilibre sur le fil du comique et de l’historique
A la Cathédrale de Lausanne, Denis Maillefer règle le spectacle du Bicentenaire de la naissance du Canton de Vaud.
Avant-goût d’une représentation qui fait voler en éclats quelques certitudes. Sans oublier la tendresse pour une terre aimée.
Ce qui compte pour eux, c’est de ne pas laisser dormir le public vaudois dans l’indolence. Pour y arriver, ils ont tenté un risque: se tenir en (dés)équilibre sur le fil du comique et de l’historique et atteindre ainsi un tout petit éclat d’humanité.
Il y a de fortes chances, vu leur expérience et leur vieille complicité, que Denis Maillefer et Antoine Jaccoud y réussissent.
Le premier a réglé la mise en scène; le second a écrit le texte. Tous deux ont conçu le spectacle du Bicentenaire de la naissance du Canton de Vaud, présenté à la Cathédrale de Lausanne (14 et 15 avril) puis à l’Abbatiale de Payerne (3 et 4 mai).
Les deux compères ont travaillé en collaboration avec l’anthropologue Grégoire Mayor et le cinéaste Julien Sulser qui ont, quant à eux, réalisé un petit film sur le pays vaudois.
Rires et critiques
Des images seront donc projetées au cours du spectacle et apporteront au jeu des acteurs (Jean-Luc Borgeat, Mathieu Delmonte et Barbara Tobola) leur part de mémoire historique et sociale.
Mais attention! Pas de révérences ou de courbettes pour cette commémoration. Denis Maillefer avertit: «Nous serons plutôt critiques, voire cinglants». Il aimerait bien sûr que son spectacle fasse rire. L’essentiel pour lui, c’est de secouer les consciences en passant par l’humour. Avec cette question à la base de son travail: qu’est devenu aujourd’hui le Canton de Vaud?
Là-dessus, le metteur en scène a une opinion radicale: «Vaud est largement mythifié, dans la mesure où ses habitants ont tendance à le voir comme un canton encore traditionnel et rural. C’est sans doute leur manière de se protéger d’une réalité qui est tout autre».
Le piège de la consommation
Pour Maillefer, cette réalité se confond avec la mort des utopies et la naissance d’un credo qui place au-dessus de tout l’argent: je consomme donc je suis.
«De nos jours, lâche le metteur en scène, le Canton se dissout sous l’effet de la mondialisation. Lausanne ressemble de plus en plus à n’importe quelle autre ville occidentale. Et cette dissolution est renforcée par les liens inter-cantonaux de plus en plus étroits, qui enlèvent à chaque région de Suisse sa spécificité».
Faut-il pour autant recourir au protectionnisme? Non, juste constater, sourire narquois au coin des lèvres, qu’il y a actuellement «des archétypes de consommateurs qui revendiquent leur appartenance à leur boîte de téléphone mobile plutôt qu’à une philosophie politique», poursuit Maillefer.
Cette philosophie qui, il y a deux cents ans, fut la fierté des dirigeants vaudois. «A l’époque, précise le metteur en scène, nous étions conduits par des hommes inspirés du siècle des Lumières, de la pensée de Voltaire et de Rousseau. Aujourd’hui, nos dirigeants sont des gérants d’affaires courantes, inféodés à l’économie de marché. Ce qui me frappe, c’est la faillite de la parole».
Passéiste donc Maillefer? «Non, s’exclame le metteur en scène. J’essaie tout simplement de rester sur la corde raide. Ma critique, si elle est acerbe, témoigne d’un grand amour pour ce canton que j’apprécie dans sa vie la plus secrète. Le dernier bon saucisson vaudois, par exemple, ou la découverte d’un paysage sublime au détour d’un chemin méconnu».
swissinfo, Ghania Adamo
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