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Entre la noirceur et le bonheur ensoleillé

Zoran Music, «Cavillini», 1951. Musée Jenisch, Vevey

Le Musée Jenisch réunit 150 œuvres du peintre Zoran Music, dont la culture se situe à mi-chemin entre l'Orient et l'Occident.

Né dans l’Empire austro-hongrois, il travaille volontiers à Venise, où il a participé à plusieurs Biennales.

Pour sa grande exposition de l’été, le Musée Jenisch à Vevey a choisi de célébrer la peinture de Zoran Music, artiste nonagénaire. Les précédentes manifestations estivales avaient été dédiées à Morandi, Balthus, Hollan, tous des peintres de la figuration, de la lenteur, de la méditation.

Chez Music aussi, la réalité se mue en spectacle mi-féerique (les «cavallini» ou petits chevaux colorés, les collines toscanes), mi-tragique (les rappels du séjour à Dachau, de 1944 à 1945).

Plongée dans l’horreur

Né en 1909 à Gorizia, dans l’Empire austro-hongrois, Anton Zoran Music découvre la Sécession viennoise à travers l’œuvre de Klimt et Schiele, l’impressionnisme français à Prague. Entré à l’Académie des beaux-arts de Zagreb, il passe une année à Madrid, où il copie Le Greco et Goya.

Puis il séjourne à Venise durant la guerre, expose à Trieste, est arrêté par les SS et déporté. Au camp, il réalise des dessins de mourants et de cadavres amoncelés, qu’il reproduira par la suite, dans les années 70, sous le titre générique «Nous ne sommes par les derniers».

Après la guerre, le peintre ressent le besoin de se plonger dans un art allégé, aux couleurs douces, ocre, orange, accents bleutés. «J’ai l’impression que des choses ensevelies dans ma mémoire la plus reculée sont en train de se révéler à moi: des échos de mon enfance oubliée, des icônes aux images dorées, recouvertes de perles.»

Le goût des séries

La peinture de Music se décline en séries, la série des collines, celle des rochers, les intérieurs d’églises, enfin, la vieillesse venue, les ateliers et les autoportraits.

Mais les formes esquissées ont toujours un air de famille, les rochers évoquent les têtes suppliciées, les paysages siennois, si apaisants, rappellent les monceaux de cadavres et l’horreur qu’ils désignent.

Dans l’ensemble pourtant, l’art de Zoran Music est apaisé, il laisse deviner une vénération pour la beauté du monde, quand bien même l’artiste ressent la vieillesse et l’approche de la mort comme un dépouillement progressif: les autoportraits récents montrent un être dénudé, recroquevillé sur lui-même, tourmenté.

swissinfo, Laurence Chauvy

Zoran Music, Musée Jenish, Vevey, jusqu’au 22 septembre.

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