Guitry et Piccoli, un couple bien assorti
Michel Piccoli joue «La jalousie» de Sacha Guitry, présentée en tournée romande dans la mise en scène de Bernard Murat.
Une comédie aux accents passionnels qui mêle rage et rire.
Qu’est-ce qu’il a pu grimper ce soir-là! Il montait et descendait sans arrêt une échelle de neuf mètres. Et chaque escalade le menait vers le ciel du théâtre, une bibliothèque gigantesque installée sur la scène de Vidy.
C’était en 1993, à Lausanne. Michel Piccoli jouait alors le rôle de John Gabriel Borkman dans la pièce éponyme de Henrik Ibsen. Il se livrait ainsi à un exercice physique esquintant qui prouvait son agilité d’acteur de 65 ans aguerri à la gymnastique théâtrale.
Le verbe de Guitry
La gymnastique à laquelle il est confronté aujourd’hui n’est pas moins éprouvante. Mais elle est verbale. Piccoli joue donc «La jalousie» de Sacha Guitry sur les scènes romandes. Guitry ou la gymnastique de l’esprit. L’auteur des «bons mots» ne laisse aucun répit à ses interprètes.
Son art du dialogue, rapide, varié, presque toujours vraisemblable, cisèle une langue très écrite, précise. Et le verbe, s’il n’est pas maîtrisé, risque de transformer la pièce en bouillie de chat. Ecueil dont Piccoli est conscient et qu’il évite avec sa dextérité habituelle.
«Si on commence à faire de l’émotionnel avec Guitry, c’est foutu», confiait l’acteur à la presse française lors de la création de «La jalousie» il y a deux saisons, à Paris.
Depuis, la pièce n’a pas cessé de tourner. Bernard Murat, qui en signe la mise en scène, l’avait proposée à Piccoli qui a vite dit oui. Histoire de varier son répertoire, lui le comédien intellectuel, hôte privilégié des Tchekhov, Strinberg et autre Schnitzler.
Depuis Molière
Chez Guitry, il campe le rôle d’Albert Blondel, un personnage qui souffre d’une jalousie qu’il s’est inventée. L’auteur enrichit ici sa trame d’une analyse psychologique très fine qui fit dire à Marcel Achard: «Je tiens ‘La jalousie’ pour une des plus parfaites, des plus comiques, des plus douloureuses (…) comédies écrites depuis Molière par un Français».
Albert Blondel donc. L’homme suit un soir une jolie femme dans la rue et rentre chez lui avec une demi-heure de retard. Mal lui en a pris. Furieux de ne pas trouver une excuse valable à ce retard, il panique. Et quand la servante lui apprend que madame n’est pas rentrée, il pense tout de suite que sa femme le trahit. Sa pensée l’obsède.
Obsession que Guitry parcourt avec un scepticisme souriant. Et que Piccoli interprète avec la simplicité d’un grand acteur heureux de se livrer à un «nouvel exercice», comme il dit.
swissinfo, Ghania Adamo
– «La Jalousie». Morges, Théâtre de Beausobre, 13 et 14 mars. Tél: 021/803 09 17.
– Neuchâtel, Théâtre du Passage, le 19 mars. Tél: 032/717 79 07.
– Genève, Bâtiment des Forces Motrices, 2 et 3 mai.
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