Jean Voellmy, l’architecte du Tour de Romandie
Le parcours de la 60ème édition de la Boucle romande a une nouvelle fois été dessiné par Jean Voellmy. C'est le 25ème Tour de Romandie qui sort de l'esprit du Vaudois.
A bientôt 73 ans, ce dernier n’a rien perdu de son enthousiasme. Mais cette édition 2006 devrait être sa dernière en tant que concepteur de l’épreuve. Interview.
Que serait le Tour de Romandie sans Jean Voellmy? L’homme intéresse étonnamment peu la presse sportive. Et pourtant! Chaque printemps, depuis 25 ans, des milliers de spectateurs l’ont vu défiler, tel un général devant ses troupes, debout dans la voiture de tête, quel que soit la météo.
Directeur du parcours, il en est le véritable régisseur. Depuis 25 ans, il le dessine. Mieux que personne, il connaît la moindre route de ce coin de terre. A 73 ans – il les fêtera le 25 juillet – il n’a pas perdu de son enthousiasme. Interview.
swissinfo: Jean Voellmy, en 25 ans, quel a été la principale évolution des parcours?
Jean Voellmy: A mon sens, l’adaptation nécessaire en fonction de l’augmentation du trafic et de la dimension prise par la caravane du Tour. En 1981, le peloton se composait de 80 coureurs, d’une centaine de voitures et d’un camion sur la ligne d’arrivée. Aujourd’hui, 400 véhicules accompagnent un peloton fort de 168 coureurs.
Depuis deux ou trois ans, il est devenu impératif de chercher de bonnes routes en dehors des axes principaux. Or, beaucoup de camions étrangers circulent sur ces routes secondaires. La taxe au kilomètre les incite à trouver les parcours les plus courts. Et le GPS leur facilite la tâche. Ce matin, entre Avenches et Payerne, j’ai par exemple croisé six semi-remorques hollandais, danois, etc…
swissinfo: L’élaboration du parcours est-elle un travail de longue haleine?
J.V.: Oui. Celui-ci s’échelonne sur une quinzaine de mois. Nous avons commencé au mois de février 2005 avec les premières esquisses du parcours 2006. Car il est nécessaire de prendre contact avec chacune des communes que nous désirons traverser afin d’obtenir les autorisations. Il faut entre 100 et 130 autorisations en fonction des années.
Depuis quelques années, notre tâche s’est compliquée car les communes ont pris le relais de l’Etat pour l’entretien des routes. Elles ne nous communiquent pas forcément l’ouverture de chantiers. Auparavant, l’Etat nous délivrait les autorisations et nous communiquait le planning des chantiers. Ce qui n’excluait pas la demande d’autorisation aux communes.
swissinfo: Avez-vous enregistré des refus?
J.V.: Une seule fois… à Bière. Les autorités nous interdisaient la traversée du village un dimanche matin en raison du bruit. Finalement, le Tour a pu passer mais nous avons dû donner l’ordre aux voitures de rouler à 40 km/heure et interdire toute diffusion de musique ou de messages publicitaires.
swissinfo: De manière générale, quelles sont les principales difficultés à résoudre?
J.V.: En premier lieu la question de la sécurité car la gendarmerie manque de personnel. Et les clubs ne sont plus intéressés à mettre du monde à disposition. Nous devons trouver des bénévoles parmi les pompiers ou les membres de la protection civile… A Payerne ils ont été 80 à collaborer. A Porrentruy 300 et en Valais, pour l’étape Sion-Sion, ils seront plus de 400.
Autre difficulté, il faut gérer le temps de passage, la longueur de la caravane – elle fait entre 500 et 600 mètres. En général le trafic est bloqué au minimum 35 minutes avant son passage car en Suisse, la loi interdit de fermer totalement les routes.
swissinfo: L’année prochaine, les nouveaux organisateurs ont l’intention de supprimer les étapes en circuit au profit d’un retour à la tradition des étapes en lignes. Est-ce raisonnable?
J.V.: J’ai le sentiment qu’on ne pourra pas revenir en arrière. Le cyclisme se modernise. Les sponsors et le public semblent y avoir trouvé leur compte avec cette nouvelle formule. Le Tour donne un spectacle pendant 6 heures. La question de la sécurité est plus facile à maîtriser. Au mieux, je pense qu’ils devront trouver un compromis.
swissinfo: En course, vous est-il arrivé de prendre des décisions dans l’urgence et de modifier le parcours?
J.V.: Oui. Il y a quelques années durant l’étape Estavayer-le-Lac – Monthey. Nous devions franchir le col des Mosses mais en traversant Fribourg, la police nous a annoncé qu’en raison de la neige, le passage du col était impossible.
Il ne restait alors que deux alternatives: soit annuler l’étape, soit la détourner. En quelques coups de téléphone les gendarmeries fribourgeoises et vaudoises nous ont «ouvert» le passage par Châtel-Saint-Denis, Vevey, Montreux, Aigle…
Interview swissinfo: Pierre-Henri Bonvin sur les routes du Tour
Jean Voellmy aura 73 ans au mois de juillet prochain.
Technicien en électricité de profession et amoureux de la petite reine, il dessine les parcours du Tour de Romandie depuis 25 ans.
Dans les années 50, Jean Voellmy a pratiqué le cyclisme dans la catégorie des Amateurs A.
Il a également fait partie des premiers promoteurs de la course «à travers Lausanne» au milieu des années soixante.
– Jean Voellmy a tout d’abord dessiné les parcours de petites courses dans le Pays de Vaud et celui d’une classique aujourd’hui disparue entre Porrentruy-Zurich.
– Les organisateurs du Tour de Romandie ont fait appel à lui pour la première fois en 1981. Cette année, il a dessiné son 25ème parcours.
– Ceux du Championnat de Zurich ont également eu recours à ses services pour huit éditions de la compétition.
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