L’été ensoleillé de 1932
Dans le cadre du Festival du film de Berlin, le public peut découvrir «Gripsholm», le dernier long-métrage du réalisateur schwytzois Xavier Koller. Amour et amitié au premier plan, montée du nazisme en toile de fond.
Avec «Gripsholm», Xavier Koller s’ist intéressé à un été de l’écrivain allemand Kurt Tucholsky (1890-1935). Mais pas n’importe quel été: celui de 1932, juste avant que l’Allemagne ne bascule dans la folie nazie.
Tucholsky (Ulrich Noethen) vit à Berlin, où il travaille comme écrivain, mais aussi comme journaliste, chroniqueur et auteur de chansons. Au début de l’été de 1932, il part en Suède, au château de Gripsholm, qu’un généreux mécène met à sa disposition. Il y est accompagné de son amie, Lydia (Heike Makatsch).
Il s’éloigne ainsi de la capitale allemande, où une plainte a été déposée contre lui pour avoir écrit que «Soldaten sind Mörder» (les soldats sont des assassins), une phrase qui aujourd’hui encore n’a pas fini de déranger. Berlin, où les nazis se font de plus en plus actifs.
Tucholsky, juif et néanmoins profondément allemand, ressent douloureusement le glissement dramatique que vit son pays. A Gripsholm, il tente de noyer son inquiétude dans l’amour et l’isolement. Un isolement qui sera rompu par la venue au château de deux amis: une chanteuse de cabaret aussi libertine que charmante (Jasmin Tabatabai), et le pilote Karlchen (Marcus Thomas). Si la chanteuse participe à développer l’hédonisme ambiant, les positions politiques du pilote briseront le frêle équilibre du bonheur qui régnait à Gripsholm…
La mise en scène de Xavier Koller est à la fois sobre et classique. Elle met en valeur le contraste entre les excès berlinois – le délire politique comme la «décadence» de ses cabarets – et le calme bucolico-érotique de Gripsholm, qui laisse croire que le temps et la réalité peuvent suspendre leur cours. Illusion, bien sûr. Lorsque, la fin de l’été venue, Lydia laisse Tucholsky en Suède, elle le quitte sur ces mots: «Couvre-toi bien. Un hiver long et froid est annoncé». On ne peut mieux dire.
A noter la remarquable bande-son, où les musiques du groupe suisse Kol Simcha, spécialisé dans la musique klezmer, se mêlent à la voix de Jasmin Tabatabai. A la fin du film, voir les membres de Kol Simcha, métamorphosé en groupe de cabaret, jouer à l’ombre de la croix gammée ne manque pas de piquant.
«Gripsholm», coproduction germano-suisse, a été sélectionné pour représenter la Suisse dans la course aux Oscars. A Berlin, le film est projeté dans la catégorie «Neue deutsche Filme»!
Bernard Léchot
«Gripsholm» à Berlin: samedi 10 à 17h30 et lundi 12 à 13h30 (CinemaxX 1)
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