L’art suisse à l’honneur à Madrid
La Suisse est l'invitée d'honneur de ARCO 03, une des plus importantes foires européennes d'art.
Cette présence donne symboliquement le coup d’envoi au projet «MiraSuiza» qui vise à renforcer les relations entre la Confédération et l’Espagne.
Dix-huit galeries suisses sont invitées du 13 au 18 février à ARCO 03 à Madrid. Cette foire, avec ses 200 000 visiteurs est aussi l’occasion rêvée de lancer «MiraSuiza», un vaste programme d’une quinzaine de projets qui s’étend dans un premier temps, de janvier à avril.
Les galeries, essentiellement de Zurich et Genève, vont pouvoir donner une image vivante de la jeune scène artistique suisse.
Foisonnante, en particulier depuis les années 90, elle s’appuie sur un réseau de galeries et de musées très dense pour un petit pays. Mais aussi sur la notoriété d’artistes comme John Armleder ou la vidéaste Pipilotti Rist. Martin Schwander, curateur d’Arco 03 nomme carrément ce phénomène, le «Young Swiss Art».
Autrement dit, ces artistes, ayant suffisamment pris confiance dans le rayonnement et le dynamisme artistique de la Suisse, montrent qu’on peut réussir dans le monde de l’art sans avoir à émigrer, sans se sentir à l’étroit.
C’est d’ailleurs ce qui a motivé la directrice de ARCO 03 à choisir la Suisse comme hôte d’honneur. Rosina Gomez-Baeza n’hésite pas à parler de «renaissance» et d’«intensité» de la scène artistique suisse.
Le parcours du morse
La manifestation est complétée par 17 expositions dans des centres d’art madrilènes. On y trouve notamment celle du couple d’artistes Gerda Steiner & Jörg Lenzlinger dans la toute nouvelle Casa Encendida.
Au centre de leur installation «Como llegó la morsa a Madrid?» («Comment le morse arriva à Madrid?») trône le buste d’un morse empaillé, issu du musée d’histoire naturelle.
Des recherches effectuées dans divers domaines, auxquelles ont entre autres participé quatre écrivains espagnols, avaient pour but de donner une histoire à l’animal.
Partant de là, les artistes tissent une toile riche en associations et entraînent leur public dans un voyage imaginaire. Il conduit aux plantations hors-sol d’Andalousie, en Europe de l’Est et au Maroc, pour finalement revenir à la Casa Encendida, le nouveau et temporaire foyer du morse.
Le couple d’artiste, qui avait conçu Heimatmaschine pour Expo.02, marque de plus en plus la scène internationale. Il vient d’ailleurs d’être retenu pour la prochaine biennale de Venise.
Art vidéo
L’art vidéo a déjà une longue histoire en Suisse. Il est en outre très réputé. Pour la petite histoire, le Kunsthaus de Zurich a commencé à en collectionner systématiquement dès 1979 déjà.
Il était donc normal de voir à ARCO 03 un programme réunissant un panel subjectif d’artistes qui utilisent la caméra. «Pantalla Suiza» a été concocté par le collectif genevois Attitudes.
Pêle-mêle, on trouvera au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia les non-conformistes Fischli & Weiss, pour qui la vidéo n’est finalement qu’un moyen comme un autre. Citons encore Roman Signer, l’artiste aux explosifs.
Pavillon en croix suisse
Dans la cour intérieure du Conde Duque, la jeune équipe d’architectes lausannois «2b architectes» construit un pavillon d’exposition temporaire en forme de croix suisse.
Imaginé comme une variation sur le thème de la ‘swiss-box’, le pavillon joue sur des degrés de transparence avec des parois en polycarbonate translucides. Il accueillera les projets de cinq bureaux d’architectes parmi les plus prometteurs du pays.
Il s’agit en fait de ceux qui ont participé au concours d’architecture initié par le Ministerio de Formento de Madrid. Outre leurs maquettes pour le pavillon temporaire, ils montreront certains de leurs projets.
Au Conde Duque sera également proposée une exposition d’art médiatique contemporain («MediaSpace Suiza») où Monika Studer et Christoph van den Berg, entre autres, montreront leur œuvre «Hôtel Vue des Alpes».
Le Fotomuseum de Winterthur signe, pour sa part, dans l’ancien château d’eau Canal Isabel II, une exposition présentant un panorama de la jeune photographie suisse.
Tradition de collectionneurs
L’art contemporain ne sera pas seul à l’honneur. Des présentations plus générales traqueront la création suisse jusqu’au début du 20e siècle.
La Suisse a toujours compté de grands collectionneurs privés. «Les jeunes artistes peuvent ainsi démarrer leur carrière sans avoir à exposer dans les musées», explique Rudolf Velhagen, responsable chez Pro Helvetia des arts visuels et du cinéma.
Cet aspect ne pouvait donc pas être oublié à Arco 03. Les meilleures pièces du collectionneur Eberhard W. Kornfeld seront donc exposées à la Fondation Juan March de Madrid, des œuvres des 19e et 20e siècles, de Goya à Klee en passant par Degas, Chagall, Klimt, ou encore Giacometti.
Au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia de l’art concret. «Suiza Constructiva», présente la contribution suisse à l’art de la première moitié du 20e siècle. Ou comment l’art interagissait avec l’architecture, le graphisme, le design et la photographie.
L’Aargauer Kunsthaus donnera aussi sa collection à voir au Conde Duque. Avec quelques grands noms qui ont fait l’histoire de l’art helvétique, comme Ferdinand Hodler ou Paul Klee.
«MiraSuiza»
Et pour compléter ce riche programme, un forum artistique réunira des spécialistes de l’art contemporain lors de trois tables rondes.
Sylvie Defraoui, artiste et ancienne enseignante à l’Ecole Supérieure d’Art Visuel de Genève ou Martin Heller, directeur artistique d’Expo.02, pour ne citer qu’eux, débattront des particularités de la scène helvétique suisse.
Enfin, la Suisse continuera à se faire remarquer dans la péninsule ibérique même après la fin d’Arco 03. «MiraSuiza», un programme de trois ans, vise à intensifier les échanges, artistiques et autres, entre la Suisse et l’Espagne.
Le projet a été élaboré par Pro Helvetia, Présence suisse et l’ambassade de Suisse ainsi que quelques-unes des institutions culturelles les plus importantes de Madrid. Martin Schwander, y a aussi largement contribué.
Deux autres projets similaires sont actuellement en cours à New York et à Londres.
swissinfo, Anne Rubin
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