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La pensée libre de Salman Rushdie mise en scène à Ferney

Salman Rushdie lors d'une lecture de son dernier roman, l'an passé à Berlin Keystone

Dans le parc du château de Voltaire à Ferney, en France voisine, Daniel Wolf crée sous chapiteau «Haroun et la mer des histoires». Un conte de Salman Rushdie qui cache sous sa magie une critique des esprits étroits.

«Haroun et la mer des histoires» peut s’entendre comme l’écho d’une blessure que seul l’imaginaire parvient à refermer. C’est ce qui rend ce conte de l’écrivain britannique Salman Rushdie aussi fragile que nécessaire. Fragile, parce qu’il est comme un rêve dont la magie s’éteint une fois la dernière page tournée. Nécessaire, parce que Rushdie l’a écrit en 1990. Soit deux ans après la parution de son livre Les Versets sataniques qui lui valut une mise au ban universelle.

«Haroun…» n’est pas pour autant un plaidoyer. C’est juste un fascinant labyrinthe d’histoires où sens caché et sens apparent se mêlent intimement. On peut bien sûr ne s’attarder que sur le sens caché. Apparaissent alors des métaphores troublantes sur la dictature des esprits étroits.

On peut tout aussi bien ne s’intéresser qu’au sens apparent. C’est alors un conte des Mille et Une nuits que l’on découvre, avec une façon de chauffer la narration pour installer une atmosphère. Celle suffocante du pays d’Alifbay que quitte le jeune Haroun en compagnie de son père Rachid, conteur déchu auquel le fils ramènera – au terme d’un long voyage – une puissance d’imagination perdue.

Daniel Wolf livre un spectacle simple. Avec quelques mouvements et objets, une ambiance se crée. Les gradins se transforment, le temps d’une séquence, en banquettes de bus; les voyageurs sont secoués au rythme d’un accordéon qui égrène ses notes pour évoquer le bruit d’un crissement de pneus ou d’un klaxon.

A la simplicité de la forme s’oppose la complexité d’un récit qui aurait gagné en lisibilité si Daniel Wolf avait élagué les descriptions monologuées. Reste l’interprétation que se partagent trois acteurs professionnels et six adolescents qui, malgré les approximations de leur jeu, renforcent la fraîcheur d’un conte mirifique.

Ghania Adamo

«Haroun et la mer des histoires», Ferney-Voltaire, Château de Voltaire, jusqu’au 9 juillet.

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