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Le chant de la terre d’Alexandre Voisard

Détail de la couverture. Ed. Campiche

Sous le titre «Le mot musique ou l'enfance d'un poète», les éditions Campiche publient un récit autobiographique de l'écrivain jurassien.

C’est l’Ajoie qui est ici célébrée par un romancier à la veine rousseauiste.

Au fur et à mesure que l’on avance dans le récit d’Alexandre Voisard, le rapport entre l’écriture et le monde s’affine jusqu’à devenir un ample chant qui retentit sous ce titre mélodieux: «Le mot musique».

La musique de Voisard est polyphonique, comme peut l’être un chœur qui réunit en les modulant de multiples voix. Voix de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge mûr célébrant ici la terre. Cette terre suisse qui respire du côté du Jura et avec laquelle l’écrivain entretient un rapport quasi charnel.

Poète national

Il y a chez cet homme, né en 1930 dans l’Ajoie, tout au nord du canton du Jura, une fascination pour son pays, sa texture et sa chair. A tel point qu’on l’appelle «poète national». Etiquette trop étriquée pour quelqu’un qui donne à la petite Helvétie les dimensions d’une planète où se bousculent des foules bigarrées et des rêves tout aussi colorés.

Ainsi, de l’Ajoie semble surgir le chant du monde qu’un Jean Giono n’aurait pas renié. La nature est ici le personnage central de ce récit autobiographique nourri d’une veine rousseauiste. Du moins dans ses premiers chapitres où les paysages jurassiens sont décrits dans un élan contemplatif.

De Porrentruy à Genève en passant par la Suisse alémanique, Voisard trace donc le chemin de sa vie de poète, parsemée de fleurs et d’embûches.

Au départ, on découvre un petit chenapan qui fuit l’école pour suivre l’aventure buissonnière. Désespoir du père: son fils est un bon à rien. Obstination du fils: il veut écrire des poèmes. Pari tenu. A l’arrivée se dresse un auteur à l’écriture lumineuse, pure, limpide comme une eau de roche.

Entre le début et la fin que d’illusions perdues, que de batailles gagnées. Et au milieu, Genève, «au fin fond de la Suisse, au bout du lac, bras ouverts au Rhône et au monde (…) une capitale, un aboutissement, une Mecque».

L’expérience genevoise

La «Rome de Calvin» vaut alors au lecteur des pages d’une tendresse et d’une drôlerie à faire fondre le plus rétif des protestants. C’est là, dans cette citée vue comme une ville de perdition, que l’écrivain engage ses conquêtes féminines. C’est là aussi qu’il suit les cours du Conservatoire d’art dramatique où il retrouve Morof, alias Maurice Aufair, un camarade de classe de Porrentruy.

Maurice Aufair, aujourd’hui comédien connu, est un pionnier des scènes romandes. Il se souvient de son copain Alexandre.

«Voisard, confie-t-il, m’a toujours paru comme un homme perdu en ville. Genève n’était pas sa tasse de thé, pas plus que le Conservatoire d’ailleurs. Je ne pense pas qu’il aurait pu devenir comédien. Il avait un esprit dispersé propice à la poésie plutôt qu’aux métiers de la scène qui exigent une concentration quotidienne intense».

L’élève-acteur que fut Voisard se perdait en rêveries. Ou alors il s’abîmait dans des relations féminines sans lendemain. «Il draguait beaucoup à Genève, poursuit Maurice Aufair dans un rire. Mais son obsession première restait la littérature. C’est lui qui m’a fait connaître Michaux, Char, Supervielle et tant d’autres».

swissinfo, Ghania Adamo

«Le mot musique ou l’enfance d’un poète», d’Alexandre Voisard, chez Bernard Campiche éditeur.

– Alexandre Voisard est né en 1930, d’un père instituteur et d’une mère d’origine franc-montagnarde.

– Au cours des années 60, il devient «La» voix poétique du mouvement séparatiste jurassien. Il sera ensuite délégué aux Affaires culturelles de la République et Canton du Jura.

– Il a publié plusieurs recueils de poésie (Liberté à l’aube; La Claire Voyante; Les Rescapés; Toutes les vies vécues; Le Dire et le Faire; Une enfance de fond en comble), mais aussi des récits (Louve; Un train peut en cacher un autre; L’Année des treize lunes; Maîtres et valets entre deux orages).

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