Le monde peut saluer le oui suisse à l’ONU
La presse internationale a relativement bien suivi le vote suisse sur l'ONU. Même si on y trouve plus de nouvelles d'agences que d'analyses.
Les Français titrent dans la sobriété: «Les Suisses adhèrent à l’ONU» (Les Dernières Nouvelles d’Alsace), «La Suisse dit oui à l’ONU» (Le Figaro), «La Suisse adhère de justesse aux Nations unies» (Libération), «Victoire du ‘oui’ à l’adhésion à l’ONU» (édition en ligne du Monde qui ne paraît qu’à la mi-journée).
C’est dans Les Échos, le web de l’économie, qu’il faut aller chercher une once d’impatience: «Les Suisses disent enfin ‘oui’ aux Nations unies». En Belgique, La Libre Belgique et Le Soir se réjouissent aussi d’une votation qui «envoie la Suisse à l’ONU» et les Suisses «dans le concert des nations».
Frilosité tout de même
Pour le correspondant de Libération, le score très serré du 3 mars «est révélateur d’une population qui reste farouchement attachée à l’image de sa neutralité légendaire». Un argument que l’on retrouve dans les colonnes du Figaro pour expliquer ce «petit ‘oui’ frileux, sans souffle».
Autre mot-clef: le soulagement. Pas seulement pour les citoyens suisses partisans de l’adhésion, mais également pour l’ONU. Libération le souligne: le secrétariat de l’organisation «redoutait qu’un vote négatif d’un pays connu pour ses institutions démocratiques ne fournisse encore des munitions supplémentaires aux nombreux adversaires des Nations unies aux Etats-Unis».
Ici et là, on souligne aussi la fracture de l’électorat suisse, entre sa moitié occidentale, qui dit oui, et son autre moitié orientale qui dit non. Ou alors, comme dans le journal canadien La Presse, qui met le scrutin suisse à sa Une, la fracture entre les cantons à forte concentration urbaine, qui ont voté pour l’adhésion, et les régions rurales qui l’ont rejetée.
La fin de l’exception suisse
Le Financial Times, à Londres, confirme tout l’intérêt qu’il porte à la place suisse. C’est l’un des rares journaux à consacrer un commentaire au vote de dimanche. Un vote qui est jugé comme un tournant des relations de la Suisse avec le reste du monde: «il marque la fin de cette idée plutôt vieillotte d’un pays qui serait un cas spécial, le prétendu ‘Sonderfall Schweiz’».
Depuis la chute du Mur de Berlin et la guerre froide, poursuit l’éditorialiste, «le monde n’a plus besoin d’une Suisse politiquement isolée pour jouer les médiateurs diplomatiques». L’entrée de la Suisse à l’ONU, avec sa tradition humanitaire, constituera donc un «supplément bienvenu».
La fin de l’isolement suisse sert en quelque sorte de fil rouge dans la lecture de la presse anglophone, du Guardian de Londres, qui salue la mort du «mythe d’un nirvana alpin distant du monde», au New York Times qui voit ce pays mettre enfin un terme à «des décennies d’isolationnisme».
Dès lors, quoi de plus chaleureux que de souhaiter la bienvenue à cette Suisse qui entre dans le monde? Ce que fait la Süddeutsche Zeitung. Mais le journal allemand doute fort que l’étroitesse du score annonce une véritable ouverture de la politique étrangère de Berne.
Bienvenue au club, quoique…
«Il reste pour cela encore bien du chemin à faire, écrit-elle, il n’est pas certain que les Suisses en prennent la direction et qu’ils abandonnent leur réflexe de ‘Sonderfall’. Ils ont tout juste échappé à la honte et aux hochements de tête dubitatifs du reste du monde.»
En Italie, le Corriere della Sera est également d’avis que le vote suisse n’aura pas de grandes conséquences sur le plan politique. Mais c’est tout bénéfice pour l’image de la Suisse, que le scandale des fonds juifs avait quelque peu ternie.
«Adieu la neutralité», titre La Repubblica. Et si la Suisse va pouvoir faire son entrée dans le Palais de verre de Manhattan, c’est surtout grâce aux électeurs francophones et aux grands cantons alémaniques. Alors que la tendance au refus s’est confirmée chez les plus petits et les plus traditionalistes.
Les limites de la neutralité
Sous d’autres cieux, au Brésil par exemple, la Folha de São Paulo souligne, elle aussi l’abandon de la position isolationniste suisse et rappelle que «la neutralité et la mentalité indépendante de ce pays l’avaient empêché de devenir plus qu’un simple observateur.
Au Japon, la grande presse titre en Une sur l’événement. Le oui de la Suisse à l’ONU suscite un intérêt inhabituel.
Pour l’éditorialiste d’Asahi Shimbun, la Suisse prend conscience des limites de sa neutralité. Elle doit l’adapter aux nécessités d’un monde en pleine transformation depuis la fin de la guerre froide. Sans, pour autant, sacrifier ce qui a fait jusqu’ici sa particularité.
Le journal Mainichi pense, lui aussi, que la Suisse ne renoncera pas à ce qui reste de sa neutralité. Et qu’elle se montrera réaliste et flexible. Mais aussi plus généreuse par un engagement plus direct dans les différentes instances de l’ONU.
Est-ce a dire que ce oui à l’ONU poussera la Suisse à dire aussi oui a l’Union européenne? Le Nikkei en doute.
Pour la bible des milieux d’affaires nippons, une adhésion de la Suisse à l’UE serait contraire aux intérêts de son secteur financier. En Suisse, le secret bancaire continue de faire recette. Et les banques tiennent à le préserver.
Bernard Weissbrodt
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