Leonard Bernstein: Cernier avant Genève
Les «Jardins musicaux» de Cernier ont été inaugurés mercredi soir par «Trouble in Tahiti», opéra de Leonard Bernstein.
Mis en scène par François Rochaix, le spectacle sera présenté cet automne au Théâtre de Carouge.
«Trouble in Tahiti». Une œuvre plutôt méconnue de Léonard Bernstein, l’homme de «West Side Story». Et pourtant dans une ligne pas trop éloignée de la célèbre comédie musicale: «C’est une oeuvre du Bernstein de la comédie musicale et du jazz», précise le chef d’orchestre Valentin Reymond.
Lequel dirige pour l’occasion l’European Festival Orchestra, Big Band du Conservatoire de La Chaux-de-Fonds. Cette version est une coproduction de l’«Opéra décentralisé Neuchâtel» et du Théâtre de Carouge.
Aux manettes, on trouve donc le nouveau patron du Théâtre de Carouge, François Rochaix (mise en scène), Jean-Claude Maret (scénographie), et Valentin Reymond (direction musicale). Comme pour le spectacle d’ouverture d’Expo.02…
Humour et quotidien
L’intrigue? Un couple américain typé fifties (Deborah Hawksley et Armand Arapian) s’effiloche au fil du quotidien. A l’arrière-plan, un chœur (Victoria Manso, Paul Kirby, Philippe Huttenlocher) s’extasie sur la beauté de l’american way of life en jurant que tout va bien.
Le décalage est drôle, et prend un relief particulier lorsqu’on sait que Bernstein a écrit cette œuvre pendant son voyage de noces!
Décor sobre et élégant, et originalité du lieu: l’orchestre se trouve derrière les chanteurs, surélevé par rapport au plateau. Et au-dessus de lui défile la traduction en français, sous-titrage devenu sur-titrage. Ce qui permet au public de suivre aisément l’intrigue, et qui confère à l’ensemble un climat très cinématographique.
Réconciliation difficile
Pourquoi le choix de «Trouble in Tahiti»? «C’est une œuvre rare. Bernstein est un compositeur formidable du 20e siècle, et cette œuvre-là est injustement méconnue», répond valentin Reymond.
Broadway et l’opéra, cela va-t-il réellement ensemble? «Absolument», réagit-il sans hésiter. Conviction que l’on ne partage guère. Le lyrisme de l’opéra sied assez mal aux petits gestes du quotidien.
Et le vrai swing de Broadway n’est pas la spécialité des artistes classiques. Malgré une performance particulièrement joviale de Armand Arapian, l’œuvre est construite sur deux univers difficilement mariables.
Il n’est pourtant pas étonnant que François Rochaix s’y soit intéressé, et qu’il ait même choisi cette œuvre pour ouvrir cet automne sa première Saison au Théâtre de Carouge.
Lui qui tente si assidûment de réconcilier art dit majeur et art dit mineur, comme en ont témoigné la dernière Fête des Vignerons de Vevey et le spectacle d’Ouverture d’Expo.02.
Mais dans «Trouble in Tahiti», on ne trouve ni la passion et les sentiments extrêmes qui caractérisent l’opéra, ni l’évidence qui fait la force de la musique populaire. A la sortie de «Trouble in Tahiti», qui donc pourrait en siffloter un extrait?
swissinfo/Bernard Léchot
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