Les arTpenteurs s’amusent avec «Le Dragon»
La compagnie vaudoise présente au Théâtre de Vidy la pièce la plus montée de l'auteur russe Evguéni Schwartz.
A cette allégorie politique qui oppose victimes et bourreaux, les arTpenteurs donnent la couleur d’un conte merveilleux.
Ils s’appellent Les arTpenteurs et ils méritent bien leur nom, car depuis plusieurs années ils sillonnent les scènes suisses. Mais pas seulement. Ils sont allés jusqu’au Nicaragua et au Mali. Dans ces contrées lointaines, ils ont appris à «prendre, comme ils disent joliment, les mesures du monde avec le projet naïf de lui offrir des habits neufs».
Cette fois-ci, ils font halte au Théâtre de Vidy-Lausanne pour y présenter «Le Dragon», une pièce de l’auteur russe Evguéni Schwartz, qu’ils ont créée en mai 2005 à Corcelles-sur-Chavornay (VD), leur fief.
Depuis, leur spectacle a beaucoup tourné en Romandie, bénéficiant d’un bouche à oreille très favorable. Tant et si bien qu’il figure au programme du festival Théâtre en Itinérances qui se tient à Avignon en juillet prochain.
Tyran monstrueux
Donc, pour la pièce de Schwartz ,Thierry Crozat et Chantal Bianchi, metteurs en scène, acteurs et fondateurs de la compagnie vaudoise Les arTpenteurs, ont puisé dans leurs malles de forains les habits d’un monde imaginaire où sévit depuis 400 ans un tyran monstrueux.
C’est lui «le dragon», hydre à plusieurs têtes qui terrifie les habitants d’une ville et les oblige, chaque année, à lui offrir en sacrifice une jeune fille.
Et puis un jour, débarque dans la ville un certain Lancelot qui veut coûte que coûte délivrer la population des mains du tyran. Y réussira-t-il?
Sous ses allures de conte chimérique pour enfants, cette fable recèle une allégorie politique dont la gravité et l’universalité ne se démentent guère. Qu’on la monte ici ou au Pérou, elle sera toujours lue en fonction de l’actualité.
Lecture politique ou 1er degré
A l’époque de sa parution en 1944, on y avait vu une satire dirigée contre Hitler et Staline, deux dragons de la pire espèce. Depuis, les tyrans n’ont pas cessé d’exister. Les Lancelot fous de liberté non plus. Et il n’est pas interdit de voir aujourd’hui à travers ce «dragon» la figure d’un Saddam, et à travers Lancelot, celle d’un George W.Bush.
Le spectacle des arTpenteurs n’est, toutefois, nullement orienté vers une lecture politique de la pièce. Il est à prendre au premier degré, avec une nette préférence pour l’image et le métissage culturel. Il faut dire que les arTpenteurs sont friands de créations festives et joyeuses. Et cela est perceptible dans leur travail.
Ainsi, «Le Dragon» emprunte au conte arabe ses rêveries fantasques: Lancelot est coiffé d’un turban à la manière de Saladin, et il se promène sur un tapis volant. Quant au tyran joué par Chantal Bianchi, il fait penser – par son masque et son costume – à une marionnette du Bunraku japonais.
Enfin la scène, demi-circulaire, en bois, quasi-nue. Elle est la cousine lointaine d’une agora grecque où se réunissent les habitants de la ville. Et où quelques dragons continuent, hélas, à sévir.
swissinfo, Ghania Adamo
«Le Dragon», d’Evguéni Schwartz, par les arTpenteurs.
Mise en scène: Thierry Crozat et Chantal Bianchi.
A voir à Lausanne, Théâtre de Vidy, jusqu’au 25 juin.
Thierry Crozat: Né en 1960, est un spécialiste du théâtre corporel. Plus de 20 ans de travail sur l’art de l’acteur lui ont permis d’interpréter des rôles aussi variés que «Hamlet» de Shakespeare jusqu’à «Faust» de Marlowe. Il a mis en scène une quinzaine de spectacles, où l’on relèvera sa recherche d’un art bouffon et magique.
Chantal Bianchi: Née en 1959, elle a travaillé au Nicaragua dans le développement de l’éducation et la communication populaire. Elle a étudié la musique et la chant, et depuis plus de 15 ans est actrice de théâtre. Elle développe un travail autour de l’action vocale, de la voix chantée à la voix parlée, et dirige des ateliers de formation pour acteurs.
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