Lucerne hérite d’une Rose d’Or
La Rose d'Or de Montreux s'intitulera désormais Die Goldene Rose von Luzern. Après 43 ans, le Festival de télévision quitte les rives du Léman pour celles du Lac des Quatre Cantons.
A l’origine de ce départ, une banale affaire de gros sous.
«Le nerf de la guerre, c’est évidemment l’argent», lâche Philippe Besson.
Le directeur de Centre des Congrès de Montreux (CCM) ne peut que faire un constat comptable : «Lorsque Lucerne offre 800’000 francs à la Rose d’Or, Montreux, avec ses 270’000 francs, ne peut pas rivaliser.»
Ainsi, les roses stylisées qui ornent la façade du CCM et les lampadaires de la Grande-Rue ne seront-elle bientôt plus que le symbole d’un souvenir. Souvenir d’une aventure entamée en 1961.
La mère des festivals
A l’époque, la station de la Riviera était très fière d’accueillir un Festival ouvert aux nouvelles tendances d’un média encore tout jeune: la télévision.
Au fil des ans, la Rose d’Or couronnera de futures stars mondiales, le plus souvent anglo-saxonnes, comme les Monthy Python, Liza Minelli, Benny Hill, Mr Bean ou les pères fondateurs du Cirque du Soleil.
C’est également à la Rose d’Or qu’un certain Claude Nobs fait ses classes, avant d’organiser en 1964 le premier concert des Rolling Stones en Europe continentale.
Trois ans plus tard, il lance un petit festival appelé à devenir un géant: le Montreux Jazz.
Estimée mais inconnue
Mais pour connue et estimée qu’elle soit, la Rose d’Or n’a jamais atteint la cote de popularité – ni bien sûr de fréquentation – de l’illustre bébé de Mister Nobs.
«Si vous demandez aux Montreusiens, tout le monde connaît la Rose d’Or, mais personne ne peut expliquer exactement ce que c’est», souligne Philippe Besson.
Et pour cause. La Rose d’Or n’est pas un événement public. En une semaine de printemps, elle attire à Montreux quelques centaines de professionnels et une poignée de stars qui passent facilement inaperçues dans une ville habituée à en recevoir tellement.
Une orientation plus germanique
Il devrait en aller différemment à Lucerne. En annonçant lundi le déménagement du festival, Georges Luks, secrétaire général de la Rose d’Or, a promis d’organiser désormais des soirées ouvertes au public.
Un public qui ne devrait pas être trop dépaysé. Au fil des ans en effet, la Rose d’Or a pris une orientation de plus en plus germanique.
Il y a deux ans, SSR-SRG idée suisse, sponsor du festival depuis ses débuts, décide de retirer ses billes. Les organisateurs ont alors trouvé un partenaire en Allemagne: la puissante chaîne de télévision Pro7.
D’un lac à l’autre
Et comme le note avec une pointe d’amertume le quotidien local La Presse Riviera-Chablais, c’est en allemand que la nouvelle officielle du déménagement est parvenue à Montreux.
Georges Luks y écrit avoir trouvé à Lucerne «des partenaires idéaux». Selon le secrétaire général de la Rose d’Or, la ville représente «une destination touristique attractive, avec des infrastructures extrêmement modernes.»
Du 13 au 18 avril 2004, le festival prendra donc ses quartiers au Centre des congrès et de la culture de Lucerne (KKL), un bâtiment flambant neuf, signé Jean Nouvel, la star française de l’architecture.
Une perte d’image avant tout
Evidemment déçu, mais réaliste, Pierre Salvi, maire de Montreux, admet que sa commune «ne pouvait simplement pas suivre» face à l’offre alléchante faite par Lucerne.
«La Rose d’Or véhiculait un nombre hallucinant de reportages sur la région à travers le monde», regrette de son côté Harry John, directeur de Montreux-Vevey Tourisme.
«Pour la station, ce départ représente la perte d’un événement qui participait à l’image de Montreux dans le monde», confirme Philippe Besson.
Toutefois, le directeur du CCM ne juge pas catastrophique la perte strictement financière.
«Pour la commune, c’est une opération blanche», explique Philippe Besson.
En effet, le CCM est entièrement en mains publiques et l’argent versé à la Rose d’Or servait avant tout à payer des prestations fournies par la commune. Autrement dit, les subventions sortaient d’une caisse pour revenir dans une autre.
En termes de nuitées hôtelières, la Rose d’Or n’a jamais été non plus une affaire mirifique.
Montreux garde ses atouts
Reste la question de l’occupation du CCM, cet immense navire qui coûta jadis si cher à la collectivité montreusienne, et qui vient déjà de perdre le symposium TV, parti à Amsterdam.
Dans ce domaine, Philippe Besson tient à rectifier un préjugé: pour un centre de congrès, les événements les plus rentables ne sont pas forcément les plus visibles.
«Lorsque tous les cadres de Pepsico, d’IBM ou de Microsoft se réunissent chez nous, les retombées économiques sont d’une autre dimension que celles de la Rose d’Or, y compris pour l’hôtellerie», explique le directeur du CCM.
Un directeur qui reste très optimiste. «Avec son cadre unique, sa tranquillité et les possibilités offertes par un centre des congrès totalement modulable, Montreux offre des atouts que personne ne peut lui prendre», conclut Philippe Besson.
swissinfo, Marc-André Miserez
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