Magritte, la clef des songes
La Fondation Beyeler présente une grande rétrospective de l'œuvre de René Magritte — une première en Suisse depuis des années.
Visible jusqu’au 27 novembre, cette rétrospective organisée en collaboration notamment avec le Kunstforum de Vienne réunit plus de 90 toiles
La rétrospective René Magritte, à la Fondation Beyeler à Riehen, près de Bâle, comprend nombre de chefs-d’œuvre largement connus, ainsi que des tableaux issus de collections privées et rarement montrés. Les uns comme les autres donnent un sentiment de familiarité – bien que le travail de Magritte n’ait pas été exposé en Suisse depuis longtemps.
Ces images, souvent reproduites et dont le style est clair et lisible, sont entrées dans la mémoire collective. Elles illustrent, selon la volonté de l’artiste, le mystère ou l’inquiétante étrangeté dont est tissé le réel, sous les apparences trompeuses de la sécurité et de la connaissance.
Freud jamais loin
Parmi les peintures importantes, largement diffusées et dont il existe plusieurs versions, la «Clef des songes» fait référence aux idées de Freud et aux concepts de la linguistique.
La dissociation des motifs, un œuf, une bougie ou un chapeau melon, et des mots inscrits en dessous, la lune, la neige ou le plafond, thématise le caractère conventionnel et consensuel du langage et la force des idées reçues.
Autre tableau célèbre, «La trahison des images» et son inscription: Ceci n’est pas une pipe, commentaire de la nature ‘artificielle’ de l’art. «Et pourtant, pouvez-vous la bourrer, ma pipe? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation», expliquait Magritte.
Entre quotidienneté et mystère
Né en 1898 à Lessines en Belgique, René Magritte a mené une vie tranquille, avec sa femme Georgette, son amour de jeunesse. Hormis trois années passées à Paris, dans le cercle d’André Breton, il s’est confiné à son pays natal et au milieu du surréalisme belge.
Sous leur apparente simplicité, ses tableaux sont lourds de sens et de mystère, côté pesant contrebalancé par la poésie mise en œuvre: c’est ici un cheval qui passe à la fois devant et derrière une barrière d’arbres, un ciel clair qui surmonte la vision d’une maison isolée dans la nuit, une marine posée sur un chevalet, sur la plage, où un feu est allumé, qui fait luire un coin du tableau.
Ces compositions, dont il existe parfois plusieurs variantes, déclinent le même répertoire iconographique, emprunté à la vie de tous les jours, vie anonyme qui concerne chacun. On y reconnaît des nuages, des hommes au visage inexpressif sous le chapeau melon, des carottes et des pommes, des maisons et des oiseaux.
swissinfo, Laurence Chauvy
L’exposition Magritte a vu le jour en collaboration avec le Kunstforum de Vienne, la Fondation Magritte et l’ancien directeur du Louisiana Museum of Modern Art de Copenhague, Steingrim Laursen.
Visible jusqu’au 27 novembre, cette rétrospective réunit plus de 90 toiles.
René Magritte est né en 1898 à Lessines, en Belgique.
Académie de Bruxelles en 1916 et 1917. Il travaille d’abord comme graphiste, puis comme publicitaire, tout en recherchant sa voie artistique.
Au début des années vingt, il découvre l’art métaphysique de Giorgio de Chirico, révélation décisive. En 1926, il peint «Le jockey perdu», qu’il considérait lui-même comme le point de départ de son œuvre surréaliste.
Deux approches caractérisent son approche du surréalisme: sa période ‘Renoir’, 1943-44, où la manière est impressionniste; et la période ‘vache’ où Magritte se moque de son art et de l’Art en général, vers 1948.
René Magritte est décédé en 1967 à Bruxelles.
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