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Omar Porras dans la marmite à mythes

«La séduction passe avant tout par l’image.» SP

Le metteur en scène suisso-colombien crée à Genève «L'Histoire du soldat» de l'écrivain vaudois Charles-Ferdinand Ramuz.

A son public, il offre un récit magique dont il soigne surtout la forme.

C’est à un jeu d’optique et d’écho qu’Omar Porras se livre au Théâtre Am Stram Gram où il crée «L’Histoire du soldat» de Charles-Ferdinand Ramuz. Chez le très inventif metteur en scène suisso-colombien, le fond du plateau agit comme fond de l’œil.

Depuis quelques années, cet artiste tente ainsi de recomposer une membrane théâtrale recouverte par les couches successives de ses propres spectacles. Porras ne craint pas l’auto-citation. Bien au contraire, il la pratique avec brio. Au point que, dans chacune de ses créations, la première scène se déchiffre comme un paraphe.

La séduction de l’image

Il suffit pour s’en convaincre de rappeler le début des «Bakkantes» et de «Ay!QuiXote». Deux de ses mises en scène où les personnages apparaissent en ombres chinoises, derrière un rideau translucide qui soudainement s’envole.

Même démarrage dans «L’Histoire du soldat», où la forme astucieusement soignée laisse souvent de côté le contenu. Si histoire il y a, elle tient donc dans la magie du récit plutôt que dans le sens que celui-ci libère.

Il est vrai que la pièce est créée dans un théâtre jeune public où la séduction passe avant tout par l’image. Mais le spectateur adulte reste un peu sur sa faim. A force d’effets, cette «Histoire du soldat» s’arrête au seuil du divertissement qui, chez Ramuz, revêt une inquiétude philosophique.

Un soldat faustien

On sait la portée métaphysique de l’œuvre composée sur une musique d’Igor Stravinsky. Le soldat y est un succédané de Faust. En vendant son violon au diable, il devient riche mais étranger à toutes les personnes qu’il aime.

A sa manière, Ramuz réécrit ici l’un de nos plus anciens testaments. Dans un récit épuré, il retrace l’histoire prométhéenne de l’homme qui, pour occuper la place de Dieu, signe un pacte avec Satan.

Omar Porras invite donc le public à le suivre dans cette marmite à mythes. Par ici messieurs-dames, entrez et vous verrez le théâtre tel que fabriqué par le diable.

Un diable que joue, en coulisses comme sur scène, Omar Porras lui-même. En associant théâtre d’ombres, dessin animé, bande dessinée, cirque et marionnettes, le démon ouvre la voie à toutes les tentations.

Déguisé en militaire, en sorcier, en prestidigitateur, en vampire, il compte ainsi tromper les dieux. Il y réussit à force de subterfuges. Etourdissante succession d’images. Elles déferlent en un feu d’artifice qui brûle les illusions du pauvre soldat (excellent Joan Mompart).

Des mains de Ramuz et de son héros abusé, Porras a ainsi repris le violon. Et tant pis si celui-ci n’émet plus un son. L’Ensemble Contrechamps pallie cette défection. Sept musiciens portent en chœur cette partition du diable.

swissinfo, Ghania Adamo

«L’Histoire du soldat». Genève, Théâtre Am Stram Gram, jusqu’au 28 octobre.
Tél: 022 735 79 24.

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