Rhône by night
Pas d’articles trop longs, m’a-t-on dit à swissinfo. Plutôt du récit de voyage, concis et à la première personne, si possible. Alors en voilà, du récit de voyage. Du brut. Du non journalisé.
Je suis à Tournon-sur-Rhône. Tu ne connais pas? Moi non plus, jusque là. Je te dis «tu», tu permets? Ça ne se fait pas dans le journalisme, mais si je dis «je», il n’y a pas de raison que je ne te dise pas «tu», non? Tournon, je ne connaissais pas, et pourtant, les vignobles de Crozes-Hermitage sont en face, de l’autre côté de la colline.
Tournon, donc. Dans l’Ardèche. Un château médiéval qui abrite un «Musée du Rhône». Une collégiale du 14e siècle. Un Festival Shakespeare, aussi, et un autre d’humour. Mallarmé a enseigné ici en 1865 et 1866. Tu vois, je me suis renseigné. Et, tous les 29 août, une «Foire aux oignons». Comme à Berne, sauf qu’ici on ne dit pas «Ziebelemärit».
Tournon-sur-Rhône n’est ni beau ni moche. La ville s’étend, toute en longueur, entre coteaux et Rhône. Disons que cela pourrait être beau, mais c’est un peu tristouille. Un peu décati. La nuit, toutefois, l’éclairage apporte une certaine magie au lieu. La fenêtre de mon hôtel donne sur les quais, et donc sur le Rhône, qui coule, large, tranquille.
Je pense à mes enfants. Et me dis que je referais bien ce voyage avec eux, mais dans l’autre sens. Partir de la source du Rhône, et redescendre le fleuve, le ruisseau d’abord, et le voir grossir, enfler. Le sentir se réchauffer au fil de son parcours, et attraper l’accent du sud.
Je pense à mon copain Kesselring, et à la salade de tomates-mozarella qu’il m’a concoctée tout à l’heure. Lui qui a fait le choix de le descendre, ce Rhône, et de se fixer là où le temps semble suspendu, entre caillasse et lavande.
Je pense à cet oncle que j’aimais. Au cœur de Lyon, un jour, j’ai jeté dans le Rhône une poignée de ses cendres. Peut-être sont-elle passées ici, sous la fenêtre de laquelle je regarde, ce soir, le fleuve. Peut-être ont-elles atteint la Méditerranée, et même atteint la côte africaine, cette Afrique qui était un peu la sienne. On peut toujours rêver.
Je bois une gorgée de mauvais rhum. Parce qu’il fait chaud, je dégouline, et qu’on se croirait aux Antilles. Sauf que là-bas le rhum serait bon.
Il est tard, il faut que je me couche. Demain matin, je rencontre un maire. C’est sérieux, un maire. Demain, promis, je redeviens journaliste.
swissinfo, Bernard Léchot à Tournon-sur-Rhône
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