«Tendre et cruel» cible le terrorisme
A la Comédie de Genève, le Vaudois Denis Maillefer donne en création française la pièce de l'auteur britannique Martin Crimp.
S’il ne convainc pas entièrement, son spectacle a le mérite de mettre sous les projecteurs un grave problème d’actualité.
Il fait une belle percée sur les scènes romandes. Récemment joué au Théâtre de Vidy-Lausanne, le dramaturge britannique Martin Crimp est de nouveau à l’affiche avec «Tendre et cruel», l’un de ses meilleurs textes.
Et c’est le Lausannois Denis Maillefer qui signe, à la Comédie de Genève, la création française de cette pièce. La version anglaise avait été donnée, quant à elle, en création mondiale, à Londres puis à Paris. Nous étions alors en 2004, et c’était le Zurichois Luc Bondy qui en assurait la mise en scène.
En phase avec l’actualité
Deux Suisses donc révèlent au public francophone et anglophone un texte majeur de notre temps, solidement chevillé à l’actualité; c’est à dire au terrorisme à ses instigateurs et à ses victimes.
Et sur la liste des instigateurs, on peut mettre certains hommes politiques, ceux qui, «en combattant le terrorisme, engendrent le terrorisme», comme le dit Martin Crimp. Il n’est donc pas interdit ici de penser à George W.Bush et consorts, finement stigmatisés dans «Tendre et cruel».
D’ailleurs la pièce a été écrite après l’invasion de l’Irak, et c’est précisément Luc Bondy qui en avait soufflé l’idée à Martin Crimp en lui proposant de relire, à la lumière de l’actualité, «Les Trachiniennes» de Sophocle.
Crimes de guerre
«Tendre et cruel» recycle donc cette tragédie grecque et devient ainsi une déclinaison mordante de la pièce de Sophocle. Crimp met au cœur de son histoire une femme, Amélia, qui attend le retour de son mari, un général mandaté en Afrique pour éradiquer le terrorisme à tout prix. Il n’y est pas allé de main morte, et le voilà accusé de crimes de guerre.
Mais comme sa femme l’aime et tient à le récupérer, elle lui envoie une potion magique censée calmer ses ardeurs guerrières et meurtrières. Pas de chance, la potion s’avère être un poison.
Avec cette trame très intelligemment tissée, Denis Maillefer avait de quoi faire un petit chef-d’œuvre. C’est du moins ce qu’on espérait de ce metteur en scène talentueux et inventif. Son spectacle ne convainc, hélas, que par sa distribution masculine.
Distribution inégale
Nicolas Rossier, par exemple, est très juste dans le rôle du Général. Il ressemble furieusement à Slobodan Milosevic. Son regard est vitreux, sa mine est patibulaire et son corps endolori par le poison lutte avec l’acharnement d’un monstre blessé.
A côté de lui, sa femme Amélia ( Michaela Steiger) paraît pathétique. Elle est à l’opposé de ce que fut la comédienne Kerry Fox qui jouait le même rôle dans la mise en scène de Luc Bondy.
Kerry Fox était toujours sur le bord de l’explosion, mais elle n’explosait jamais; ce qui la rendait constamment inquiétante. Un mélange de cruauté et de tendresse justement, comme le dit le titre.
On cherchera vainement ce mélange chez Michaela Steiger qui reste comme enfermée dans un jeu de rôles. Elle compose, et ce n’est pas suffisant.
swissinfo, Ghania Adamo
«Tendre et cruel» de Martin Crimp, dans une traduction de Philippe Djian, mis en scène par Denis Maillefer.
Avec avec Anne Durand, Lionel Frésard, Shin Iglesias, Bernard Kordylas, Pierre Mifsud, Céline Nidegger, Fatima Ouedraogo, Nicolas Rossier, Matthieu Sesseli, Michaela Steiger et les enfants Seydou Saw et Sallieu Kamara.
A voir à La Comédie, Genève, du 7 au 26 mars, au Théâtre Arsenic, Lausanne, du 30 mars au 1er avril, à La Manufacture, Colmar (F), les 12 et 13 avril et à l’Espace Malraux, Chambéry (F), le 18 mai.
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