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Teo Gheorghiu, de «Vitus» au Royal Festival Hall

La carrière de Teo Gheorghiu connaît une magnifique progression. Christian Altorfer

Le jeune prodige du film «Vitus», le pianiste Teo Gheorghiu, né à Zurich, fait ses débuts au Royal Festival Hall de Londres ce mardi. Il nous parle de son travail, de ses héros musicaux... et du football.

Du haut de ses 16 ans, Teo Gheorghiu participera mardi soir à la soirée «A Night Under The Stars», concert de charité parrainé par Sir Roger Moore et destiné à récolter de l’argent en faveur des SDF de Londres.

Depuis 2001, il étudie le piano à la Purcell School, non loin de Londres, un internat pour jeunes musiciens.

Né à Zurich de parents roumain et canadien, Teo Gheorghiu s’est fait connaître en Suisse et ailleurs à travers ses concerts, mais aussi à travers le film «Vitus» (2006) de Fredi M. Murer, où il interprétait un enfant surdoué… aussi bien dans le secteur du piano que dans celui de la finance!

Un film qui a remporté le Prix du cinéma suisse, a été nominé aux Oscars et a été distribué dans près de 30 pays, Etats-Unis et Chine inclus.

swissinfo: Comment vous préparez-vous à un concert?

Teo Gheorghiu: Quel que soit le programme que j’interprète, je dois entrer lentement dans le répertoire, je l’appréhende mieux et plus facilement. Toujours la main gauche et la main droite séparément, car ainsi le cerveau est davantage conscient de ce que fait chaque main. Et sans pédale, pour mieux maîtriser le legato… L’objectif est de ne pas dépendre de la pédale, mais que la pédale apporte juste un effet.

Quand j’étais plus jeune, j’étais paresseux, je n’aimais pas m’exercer lentement – c’est vrai que cela peut être ennuyeux. Maintenant, bizarrement, j’aime bien.

swissinfo: Vous pensez avoir un «talent naturel»?

T.G.: Oui, il y a une part de talent. Et une grosse part de travail. Le talent vous aide à piger les choses plus vite, mais il faut aussi pouvoir comprendre la musique. C’est vraiment important, parce que ce n’est pas la même chose si vous jouez simplement la partition. Il s’agit de comprendre, de saisir la structure entière de la pièce.

swissinfo: Quelle différence y a-t-il dans votre façon de jouer une œuvre aujourd’hui ou il y a cinq ans?

T.G.: Lorsque j’avais 12 ans, j’ai joué le Concerto pour piano de Schumann [en la mineur, Op. 54] pour «Vitus» et il se trouve que je l’ai à nouveau enregistré il y a un mois. Entre-temps, je ne l’avais plus interprété. J’ai donc dû le réapprendre complètement.

Je l’ai beaucoup mieux compris, j’ai vu les nombreuses possibilités qu’il recelait, alors qu’à 12 ans, je n’entrevoyais qu’une seule approche. Je ne le jouais pas «mal», mais maintenant, j’ai de nouvelles idées. Je crois vraiment avoir beaucoup évolué, et mieux saisir la musique.

swissinfo: Auriez-vous les mêmes opportunités qu’actuellement si vous étiez resté en Suisse?

T.G.: Je ne sais pas, je ne pense pas. Je suis très heureux d’avoir Monsieur Fong comme professeur depuis que j’ai rejoint la Purcell School. Je pense que je n’en serais pas là où j’en suis sans lui et sans l’école. Zurich est une très bonne ville pour les musiciens de plus de 18 ans, grâce à son conservatoire, mais je ne sais pas ce qu’il en est des écoles. Cela dit, j’ai énormément bénéficié d’avoir pu donner des concerts dans de grandes salles en Suisse.

swissinfo: Vous avez de nombreux jeunes fans et représentez une sorte de modèle pour de nombreux jeunes gens. Cela vous fait quel effet?

T.G.: C’est génial. Sans dire que peu de jeunes vont écouter des concerts classiques, il est certain que ce serait positif que davantage de jeunes figurent dans le public. Avec la plupart des artistes classiques, ils vivront un moment fort: c’est de la superbe musique.

swissinfo: Quels sont vos héros musicaux?

T.G.: Bach est juste incroyable. Je rêverais de pouvoir remonter le temps et me glisser dans son esprit, comprendre comment il composait, comment il vivait. Bach est incroyable au point où je me demande s’il était vraiment humain, car il était d’un radicalisme fascinant.

Sans Bach, la musique ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Mais globalement, je n’ai pas un pianiste favori ou un compositeur favori. Par exemple, j’aime quand Edwin Fischer joue Bach, quand Rubinstein ou Lipatti interprètent Chopin, j’aime le Beethoven de Schnabel ou le Mozart de Brendel…

swissinfo: Vous avez le temps de vous intéresser à autre chose qu’à la musique?

T.G.: J’apprécie beaucoup le football. Cela fait un sacré contraste avec le piano. Il faut bien que j’évacue mon énergie quelque part!

swissinfo: L’école n’est pas trop protectrice?

T.G.: Non! Bien sûr, il n’y a que des musiciens ici, et nous devons être prudents avec nos mains. Mais cela ne veut pas dire qu’on doit éviter les tacles! Je ne me suis jamais rien fait sur un terrain. La seule fois où je me suis blessé une main, c’était en tombant dans des escaliers quand j’étais enfant! Comme quoi cela peut arriver n’importe où.

swissinfo: Aujourd’hui, vous avez sans doute passé plus de temps à l’étranger qu’en Suisse. Cela vous éloigne-t-il affectivement du pays où vous êtes né?

T.G.: Je me sens à la maison où que je sois. Mais je crois que la Suisse est encore ma maison. J’y vais pour les vacances, et c’est là que vivent mes parents, donc oui, c’est ma maison! Mais je ne me sens pas plus suisse que britannique. Peut-être un peu roumain, parce que du sang roumain coule dans mes veines. Mais je ne suis jamais allé là-bas. Canadien? J’ai un passeport canadien, mais n’y suis allé qu’une fois.

En fait, je ne sais pas si la notion de maison a un sens. Je crois que c’est plutôt sympa d’être un ‘esprit libre’…

Interview swissinfo, Andrew Littlejohn à Londres
(Traduction et adaptation de l’anglais: Bernard Léchot)

Né à Zurich en 1992, Teo Gheorghiu, a rapidement rempli plusieurs grandes salles de Suisse et s’est forgé une renommée internationale.

En 2004, il remporte le ‘San Marino International Piano Competition’ et en 2005 décroche le 1er Prix du «Franz Liszt International Piano Competition» à Weimar, en Allemagne.

Gheorghiu a fait ses débuts à la Tonhalle de Zurich en 2004 avec un Concerto pour piano de Schumann. Depuis, il a interprété des œuvres de Mozart, Beethoven, Chopin, Rachmaninov et Bach avec des orchestres tels que l’Orchestre de Chambre de Zurich, l’Orchestre Musikkollegium de Winterthour et l’Orchestre symphonique de Berne.

Son interprétation du Concert N°2 pour piano de Rachmaninov à la Tonhalle, avec l’Orchestre de Winterthour, a été acclamé unanimement par la critique.

Le film ‘Vitus’ de Fredi M. Murer (avec notamment Bruno Ganz) est sorti en 2006 et a connu un énorme succès en Suisse et une carrière internationale.

Vitus, c’est l’histoire d’un enfant surdoué (interprété petit par Fabrizio Borsani et, plus grand, par Teo Gheorghiu) dont le parcours de vie exigeant et ambitieux a été planifié par ses parents. Or Vitus décide un jour de s’écarter du chemin qui a été tracé pour lui. Il veut suivre sa propre étoile…

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