Une icône, dimanche à Montreux
Bob Dylan, nouvellement sexagénaire, chante dimanche soir dans le cadre du Jazz Festival de Montreux. Le retour d'un mythe, au mutisme et au rayonnement légendaires.
«Pour moi les mots icône ou légende ne sont que des synonymes polis pour ‘has-been’ lessivé», a dit un jour la star à l’hebdomadaire français «Les Inrockuptibles». Mais voilà: Dylan n’est pas un has-been. Pour être un has-been, il faut avoir été à la mode. Et Dylan n’a jamais été à la mode, c’est plutôt la mode qui l’a croisé, ou mieux, lui qui l’a suscitée.
Et peut-être sur un malentendu: alors que les Américains napalmaient le Vietnam à grands coups de B-52, celui qu’on avait institué protest-singer en chef affirmait qu’il n’en était pas un. De la même façon, celui qu’on prenait pour le pape du folk niait pratiquer ce genre musical. Ceux qui ne le croyaient pas eurent un choc quand il électrifia ses arrangements, lors du fameux concert dit du «Royal Albert Hall», en 1966 déjà.
Pape du folk? A propos de pape… Plus d’un fan a également été déstabilisé lorsque le rebelle est allé chanter «Knockin’ On Heaven’s Door» devant le Seigneur du Vatican, c’était en 1997. Il faut dire qu’en matière de foi, Dylan avait déjà eu l’occasion d’en étonner plus d’un, passant d’une poétique d’apparence agnostique, quoique imprégnée de symbolique judaïque, à un discours franchement christianisé (les albums «Slow Train Coming», «Shot Of Love» et «Saved»), pour revenir ensuite à des textes moins connotés.
Né Robert Allen Zimmermann, fils d’un quincaillier du Minnesota, il commence à écrire des chansons durant son adolescence, et débarque à New York en 1961. C’est là qu’il rencontrera son idole, Woody Guthrie, père du folk américain. Quelques mois plus tard, Bop adopte «Dylan» comme nom de scène, en référence au poète Dylan Thomas. Le vedettariat le happe dès 1963.
«Blowin’in The Wind», «The Times They Are A-changin», «Like A Rolling Stone»… Lou Reed le considère paraît-il comme le «premier punk». Willie Nelson le qualifie de «cow-boy poète». Lennon reconnaissait avoir profondément subi l’influence de Dylan. Bref, Dylan, c’est l’auberge espagnole.
Décoré, honoré, aujourd’hui il accumule les distinctions. Même le show business, qui adore brûler ce qu’il a adoré, le couronne à nouveau: trois Grammy Awards pour «Time Out Of Mind», son dernier album studio en date, et l’oscar de la meilleure chanson, en mars dernier, pour «Things Have Changed», un titre composé pour le film «Wonder Boys» de Curtis Hanson.
Bernard Léchot
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.