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Une illusion qu’il faut interpréter

William Ewing s'étonne de l'uniformité des images, irakiennes ou américaines. Keystone Archive

Selon William Ewing, une photographie n'est qu'une version de l'histoire figée sur papier.

Pourtant, le directeur du Musée de l’Elysée à Lausanne estime qu’il ne faut pas tout rejeter. Il l’explique à Alexandra Richard.

swissinfo: Quelle a été votre première impression en découvrant les images de la guerre en Irak?

William Ewing: J’ai été surpris par le décor lors des comptes-rendus journaliers des chefs de guerre. Il était quasi identique côté irakien et côté américain. On aurait pu imaginer qu’ils avaient fait appel à la même boîte de production hollywoodienne.

L’autre chose que je retiens, c’est le décalage entre le mot et l’image. Ils ne donnent pas le même message.

Sur BBC, par exemple, on voit le correspondant qui parle des bombes tombées la nuit sur Bagdad. Et, en parallèle, on voit des images qui n’ont rien à voir et qui datent de deux ou trois jours.

swissinfo: Comment recevoir ces images? Doit-on leur faire confiance ou les rejeter?

W. E.: Certains disent ‘tout est mensonge’… C’est trop simple. Les images sont réelles, mais il faut les prendre pour ce qu’elles sont: une illusion.

Une photographie n’est qu’un morceau de papier qui fixe une fraction de seconde. C’est un instant figé, une vision de l’histoire.

Ensuite, l’image peut, en plus, être manipulée, recadrée, retouchée. Et elle change encore de sens.

Mais on ne peut pas tout jeter à la poubelle. Il faut essayer de comprendre l’enjeu qui se cache derrière une image. Le problème est que personne ne prend le temps de le faire. Et le flux est trop rapide. On est presque face à une tempête d’images.

Et là, soit on rejette tout, soit on croit tout ce qu’on voit. Alors qu’il faudrait interpréter l’image.

swissinfo: Quelle serait la bonne photo ou le reportage idéal pour rendre compte de la guerre?

W. E: Honnêtement, je ne peux pas répondre. Ou plutôt je refuse de le faire. Parce qu’une bonne image serait sans doute celle qui nous convient, qui correspond à celles que nous avons l’habitude de voir dans les films de guerre, par exemple. Mais on ne peut pas savoir si elle explique quelque chose clairement.

A mon avis, c’est un piège de chercher l’image qui dit tout, qui donne la vérité.

swissinfo: Finalement, ne devrait-on pas renoncer, par honnêteté, à montrer des images dans ces cas-là?

W. E.: Non. Les images existent. Elles font partie de notre monde. On ne peut pas fermer les yeux.

Mais il faut les attaquer. Rester très sceptique. Et s’interroger. Pourquoi ce photographe a-t-il pris ce cliché? Pour qui travaille-t-il? Quel est le but?

L’exercice est intéressant. Et il apporte des éléments de réponse. Des bouts de vérité.

Interview swissinfo: Alexandra Richard

– Sociologue et écrivain canadien, William Ewing est né en 1944 au Québec.

– Il a notamment fondé le Centre pour l`art contemporain à Montréal et dirigé des expositions à l’International Centre of Photography de New York. Il a écrit une douzaine d’ouvrages.

– En 1996, William Ewing a été nommé directeur du Musée (de la photographie) de l’Elysée, à Lausanne.

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