De l’eau au vin
En venant du sud, de vastes surfaces de vignes s’ouvrent soudain devant vous, et mènent à la colline de Châteauneuf du Pape. Somptueux. Le village est dominé par les ruines du château que fit construire le Pape Jean XXII, en 1317. L’une de ses résidences secondaires. Car ici, le mistral souffle fort en été, et on y respire mieux qu’à Avignon. Faut-il rappeler que la Papauté eut son siège «en» Avignon dès 1305, et pour environ un siècle?
Le vignoble jouxte et surplombe le Rhône. Il lui est d’ailleurs doublement redevable. Pour la qualité du sol, d’abord: «Grâce au Rhône, nous avons notre terroir spécial, qui est formé de galets roulés. Ce sont des morceaux des Alpes suisses qui ont été arrachés, roulés, laissés sur le sol de l’ancien lit du fleuve, et qui se trouvent aujourd’hui sur nos plateaux et nos coteaux», constate Michel Blanc, patron de La Maison des vignerons, siège de la Fédération des syndicats de producteurs de Châteauneuf du Pape.
Pour la notoriété aussi: «Les grands vignobles se sont développés en premier là où il y avait des voies de circulation, et donc de commercialisation». Quelques chiffres pour illustrer cette réussite: Châteauneuf du Pape, c’est aujourd’hui «3200 hectares sur 5 communes, 290 exploitations environ, une moyenne annuelle de 105 à 110.000 hectolitres produits, ce qui représente grosso modo 13 millions de bouteilles».
Ce vignoble fait figure de précurseur en matière d’AOC. Dès 1905, on y édicte des règles en matière de répression des fraudes, pour lutter contre les vins qui usurpaient le nom. Et rapidement les vignerons vont s’imposer des conditions de production rigoureuses. Un cahier des charges toujours valable aujourd’hui, qui touche aussi bien au degré minimum d’alcool qu’à l’utilisation des cépages.
Car outre les galets roulés et le très bénéfique mistral, ce qui fait le Châteauneuf du Pape, c’est l’assemblage de cépages bien particuliers. Tout d’abord, le grenache, qui constitue la colonne vertébrale des vins d’ici. Après viennent le cinsault, la syrah, le mourvèdre, le picpoul, la counoise… et la liste n’est pas exhaustive.
«Ce sont vraiment des cépages méridionaux… sachant que pour nous, le nord commence à Montélimar! Et encore, je suis gentil, car pour certains, il commence à Orange!» constate Michel Blanc avec un accent qui ne permet aucun doute quant à son appartenance viscérale au sud.
swissinfo, Bernard Léchot à Châteauneuf du Pape
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