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«Dignité en détention»: comment aider les prisonniers les plus vulnérables

Prisonniers rwandais soupçonnés d'avoir participé au génocide de 1994. Keystone

À Genève, l’association «Dignité en détention» vient de tenir son assemblée générale. Pour elle, l’an 2000 s’annonce comme un moment charnière. Ce ne sont pas les projets qui manquent. Au contraire. Il faut donc repenser priorités et plans d’action.

«Dignité en détention», «DiDé» comme l’appellent plus simplement ses membres, est née en 1992. Il s’agissait alors de soutenir un projet de construction de l’infirmerie et des sanitaires d’une prison du Burkina Faso. Mais ses initiateurs, dont l’idée fondatrice était de venir en aide aux détenus les plus défavorisés, ont ensuite poursuivi leur engagement. Il leur paraissait important de continuer d’appuyer les actions de ceux qui, sur place, cherchent déjà à améliorer les conditions de vie des prisonniers.

Aujourd’hui, la plupart des projets que «DiDé» soutient visent un double objectif. D’une part, offrir à leurs bénéficiaires des possibilités de formation. D’autre part, faire en sorte qu’ils puissent participer à des productions qui génèrent des revenus. C’est de cette manière qu’il sera possible de garantir aux prisonniers une certaine autosuffisance alimentaire et, à plus long terme, de meilleures chances de réinsertion sociale.

Ouahigouya, au Burkina Faso, fournit un bon exemple de lieu de détention ouvert. Grâce à «DiDé», sa prison dispose désormais d’un moulin. Il sert à préparer la farine nécessaire aux repas des détenus, mais aussi à moudre le grain pour les familles du voisinage. Une partie des légumes du potager commun est également revendue sur le marché local.

Au Rwanda, «Dignité en détention» va encore plus loin en proposant aux détenus présumés complices du génocide de faire acte de réparation envers leurs victimes. A Rutogwe, un projet-pilote organise des cultures communautaires pour les détenus du cachot communal. Une partie du produit de leurs travaux agricoles est ensuite redistribué à des survivants du massacre, en particulier des personnes âgées quasi abandonnées. Ce geste de solidarité, qui s’inscrit dans la logique des tribunaux traditionnels, est en train de servir de modèle dans plusieurs autres communes du pays.

Reste cette question de fond que se pose aujourd’hui l’association: les pays occidentaux ont, eux aussi, mal à leurs prisons, faut-il alors s’impliquer davantage en Suisse? La réponse n’est guère aisée. Dans les pays en développement où les militants de «DiDé» se sont engagés, ils sont souvent les seuls interlocuteurs des administrations pénitentiaires locales motivées mais dépourvues de moyens. En Europe par contre, les acteurs sont nombreux et les façons de faire totalement différentes.

«Nous continuerons, sans doute, à concentrer nos efforts là où notre savoir-faire a fait ses preuves, peut-on lire dans son dernier rapport d’activités. Mais afin que la volonté politique qui se fait jour en Europe ne s’étiole pas, nous participerons à l’aiguillon indispensable à toute démocratie». En clair, «Dignité en détention» va tenter de sensibiliser le monde politique à la situation des adolescents détenus dans des établissements pénitentiaires en Suisse, où tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Loin de là.

Bernard Weissbrodt

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